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Un éminent économiste met en garde que l'IA pourrait tripler le chômage d'ici une décennie : « Ce que nous vivons actuellement... est sans précédent »
75 % des Américains craignent la menace de l'IA

Le , par Jade Emy

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L’économiste lauréat du prix Nobel Daron Acemoglu a averti que l’automatisation généralisée due à l’intelligence artificielle pourrait, dans le pire des cas, entraîner un triplement du chômage au cours de la prochaine décennie aux États-Unis. Il affirme que dans le pire des cas, le chômage pourrait tripler au cours de la prochaine décennie si rien n’est fait et si les États-Unis poursuivent sur leur lancée actuelle, ajoutant, dans le nouveau modèle d’emploi basé sur l’IA, les embauches se limitent aux personnes chargées de l’entraînement des modèles linguistiques. Ses craintes sont également partagées par le grand public américain, près des trois quarts des Américains craignent désormais que l’IA ne vienne menacer leurs emplois, selon un rapport.

Le support administratif, le service client, la programmation informatique ainsi que l'analyse financière et la comptabilité figurent parmi les métiers en cols blancs les plus touchés par l'intelligence artificielle (IA). C’est ce qui ressort de diverses publications de référence en la matière parmi lesquelles on compte une étude d’Anthropic, des analyses de l'OCDE et des notes de synthèse du FMI. Selon les analyses de l'OCDE sur l'IA et le travail, l'IA automatise en premier lieu les tâches cognitives non routinières.

Dans ce contexte, l’économiste lauréat du prix Nobel Daron Acemoglu a averti que l’automatisation généralisée due à l’intelligence artificielle pourrait, dans le pire des cas, entraîner un triplement du chômage au cours de la prochaine décennie aux États-Unis. Kamer Daron Acemoğlu, né le 3 septembre 1967, est un économiste turco-américain d'origine arménienne qui travaille au Massachusetts Institute of Technology (MIT) depuis 1993, où il occupe actuellement la chaire Elizabeth et James Killian d'économie. Ses principaux domaines de recherche comprennent l’économie politique, l’économie du développement et l’économie du travail. Il a reçu la médaille John Bates Clark en 2005 et le prix Nobel d’économie en 2024.


Dans une interview, l’économiste turco-américain a fait remarquer qu’au rythme actuel du développement de l’IA, de nombreux emplois étaient de plus en plus automatisés, ce qui pourrait à terme entraîner davantage de suppressions d’emplois. « Ce que nous vivons actuellement avec l’IA est sans précédent », a déclaré Acemoglu. « La première phase de la révolution industrielle a duré 80 ans. Aujourd’hui, ce processus se déroule en un ou deux ans et touche simultanément de nombreux secteurs différents. »

Dans le pire des cas, le chômage pourrait tripler au cours de la prochaine décennie si rien n’est fait et si les États-Unis poursuivent sur leur lancée actuelle, ajoutant, dans le nouveau modèle d’emploi basé sur l’IA, les embauches se limitent aux personnes chargées de l’entraînement des modèles linguistiques. « Le nombre de personnes embauchées à ces postes est faible par rapport au nombre de personnes qui seront remplacées », a-t-il déclaré. « Je veux dire, c’est justement le but de l’automatisation », a déclaré Acemoglu, lauréat du prix Nobel en 2024.

Ses craintes sont également partagées par le grand public américain, comme le montre une nouvelle étude du Pew Research Center. Selon ce rapport, près des trois quarts des Américains craignent désormais que l’IA ne vienne menacer leurs emplois. S’alarmant de cette situation, un rapport publié en septembre par le McKinsey Global Institute a révélé que l’IA pourrait contraindre 11 millions de travailleurs américains à se réorienter professionnellement d’ici 2035.

Concernant le rythme des répercussions sur l’emploi, Clara Shih, qui a dirigé d’importants départements d’IA chez Salesforce puis chez Meta, a déclaré que l’IA pourrait à terme toucher les travailleurs de toutes les professions, avec des conséquences allant bien au-delà de leurs simples moyens de subsistance. « Il ne s’agit jamais uniquement des emplois. Il s’agit de l’estime de soi des gens. Il s’agit de la fracture des communautés », a déclaré Shih.

Évoquant la rapidité avec laquelle l’IA se développe, elle a rappelé comment sa famille avait été touchée par le déclin de l’industrie manufacturière et avait dû déménager de Hong Kong vers l’Ohio. Elle voit des parallèles évidents entre les conséquences de la mondialisation et de l’automatisation, et ce que l’IA pourrait signifier pour les cols blancs. « Je pense que ce que nous pouvons retenir, c’est qu’il faut avant tout être honnête avec les gens quant aux risques encourus », a déclaré Shih. « Je pense que si l’on enjolive cette utopie de l’IA – peut-être y parviendrons-nous –, il y a beaucoup de souffrances qui pourraient survenir d’ici là. »


Quant aux mesures à prendre pour aller de l’avant, Acemoglu a déclaré qu’il ne s’agissait certainement pas de dire non à la technologie. « Mais chaque révolution technologique s’accompagne d’une résistance, et cette résistance prend de nombreuses formes différentes », a-t-il déclaré. Acemoglu a ajouté qu’il y avait beaucoup à faire pour s’assurer que l’IA n’entraîne pas de chômage de masse. Il a suggéré que les entreprises pourraient concevoir délibérément l’IA pour améliorer les capacités humaines, et non pour rendre les humains superflus, ou que le gouvernement pourrait mettre en place un code fiscal incitant les entreprises à embaucher de vraies personnes.

En mai 2026, le Bureau of Labor Statistics (BLS) (l’agence fédérale américaine rattachée au Département du Travail) a recensé 18 professions déjà touchées par la réduction des effectifs due à la mise à contribution croissante de l’intelligence artificielle. Ce lot représente environ 10 millions d'emplois aux États-Unis pour lesquels on a enregistré une baisse de 0,2 % entre mai 2024 et mai 2025. Les occupations en lien avec le développement informatique n’y figurent pas. Le rapport indiquait plutôt que la demande en développeurs informatique sera plus forte pour soutenir l’essor de l’intelligence artificielle dans la période mentionnée.

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