Les emplois menacés par l’IA commencent réellement à disparaître, d’après des données sur la période 2024 à 2034 et selon lesquelles la demande en développeurs sera plus forte pour soutenir l’essor de l’IA.Le Bureau of Labor Statistics (BLS) (l’agence fédérale américaine rattachée au Département du Travail) vient de recenser 18 professions déjà touchées par la réduction des effectifs due à la mise à contribution croissante de l’intelligence artificielle. Ce lot représente environ 10 millions d'emplois aux États-Unis pour lesquels on a enregistré une baisse de 0,2 % entre mai 2024 et mai 2025. Les occupations en lien avec le développement informatique n’y figurent pas. Le rapport indique plutôt que la demande en développeurs informatique sera plus forte pour soutenir l’essor de l’intelligence artificielle dans la période mentionnée.
Les développeurs informatiques ne figurent pas dans la liste des 18 métiers pour lesquels on enregistre déjà des pertes d’emplois, d’après les données du Bureau of Labor Statistics
- Parajuristes et assistants juridiques
- Graphistes
- Présentateurs de télévision et animateurs radio
- Rédacteurs techniques
- Interprètes et traducteurs
- Agents d'assurance
- Représentants commerciaux de services (à l'exception de la publicité, de l'assurance, des services financiers et du voyage)
- Représentants commerciaux, commerce de gros et industrie, produits techniques et scientifiques
- Représentants commerciaux, commerce de gros et industrie, à l'exception des produits techniques et scientifiques
- Mannequins
- Ingénieurs commerciaux
- Commis aux achats
- Responsables de l'octroi de crédit, vérificateurs et commis
- Chargés de clientèle
- Secrétaires de direction et assistants administratifs de direction
- Secrétaires juridiques et assistants administratifs
- Secrétaires médicaux et assistants administratifs
- Secrétaires et assistants administratifs (à l'exception des secrétaires juridiques, médicaux et de direction)
Un rapport de la DARES paru au premier trimestre de l’année en cours parle pourtant d’apocalypse emploi développeur due à l’intelligence artificielle
Les données officielles de la DARES semblent désormais le confirmer : l'intelligence artificielle est bien en train de provoquer une forme d'apocalypse sur le marché de l'emploi des développeurs informatiques. La preuve ? Pour la première fois depuis 2016, l'informatique n'est plus en « tension très forte » de recrutement. Le secteur enregistre en 2024 la plus forte baisse de tensions tous domaines professionnels confondus, passant du niveau 5 au niveau 4 sur l'échelle DARES. Traduction concrète : il y a désormais plus d'informaticiens disponibles que de postes à pourvoir, quand le BTP, l'industrie et la maintenance continuent de souffrir d'une pénurie record. Pendant que l'IA génère du code à la place des développeurs, elle ne réparera jamais un trou dans votre toit, comme prévenait déjà le PDG de Lowe's qui a encouragé les jeunes à se tourner vers les travaux manuels.
le terme « tensions sur le marché du travail » est souvent mal compris — et cette incompréhension conduit à des contresens majeurs sur la situation réelle des développeurs.
Quand la DARES mesure les « tensions de recrutement », elle évalue à quel point les entreprises peinent à trouver des candidats pour un métier donné. L'indicateur synthétique combine trois composantes : le rapport entre offres d'emploi et demandeurs disponibles, la vitesse à laquelle les chômeurs retrouvent un emploi, et le pourcentage d'employeurs anticipant des difficultés de recrutement.
La logique est implacable et s'applique comme un marché classique :
- Tensions FORTES (niveau 4-5) = peu de candidats pour beaucoup de postes
- Pour les salariés : pouvoir de négociation maximal, salaires élevés, sécurité absolue de l'emploi → c'est l'eldorado
- Pour les entreprises : galère à recruter, projets retardés, surenchère salariale → c'est la catastrophe
- Tensions FAIBLES (niveau 1-2) = beaucoup de candidats pour peu de postes
- Pour les salariés : concurrence féroce, salaires comprimés, difficulté à trouver un emploi → c'est la crise
- Pour les entreprises : pléthore de candidatures, facilité de recrutement, pouvoir de négociation total → c'est le paradis
La baisse des tensions en informatique signifie donc très précisément ceci : il y a davantage d'informaticiens disponibles que ce dont les entreprises ont besoin. L'analogie est simple. Imaginez un restaurant qui, pendant dix ans, cherchait désespérément des chefs cuisiniers et n'en trouvait pas. Puis arrive une machine qui cuisine automatiquement la moitié des plats. Soudain, le restaurant a besoin de deux chefs au lieu de cinq. Il y a maintenant trois chefs sur le carreau pour chaque poste disponible. Les tensions de recrutement « baissent ». C'est une bonne nouvelle pour le restaurateur. Pour les chefs, c'est le début de la galère.
Les chiffres publiés par la DARES indiquent que l'informatique et les télécommunications passent en 2024 d'un niveau de tension 5 (« très forte ») maintenu depuis 2016 à un niveau 4 (« forte »). Cette dégradation d'un échelon entier représente la baisse la plus marquée observée parmi tous les domaines professionnels.
Le graphique ci-dessous de la DARES illustre cette rupture : après avoir culminé en 2023 à son niveau le plus élevé depuis 2011, la courbe jaune de l'informatique amorce une descente notable. Parallèlement, d'autres courbes restent obstinément hautes : l'industrie (vert foncé) se maintient autour de 1,0, le BTP stagne à des niveaux très élevés.
Globalement, six métiers sur dix demeurent en tension forte ou très forte en 2024, contre sept sur dix en 2023. Cela représente 55% de l'emploi total contre près des deux tiers l'année précédente. Un progrès donc, mais qui cache des disparités sectorielles majeures que le rapport DARES documente méticuleusement.
L'intelligence artificielle générative a profondément modifié l'équation de la productivité dans le secteur informatique, réduisant mécaniquement les besoins en volume de développeurs, d’après les données de la DARES
Le rapport DARES identifie la baisse de l'intensité des embauches comme le facteur principal de la détente observée en 2024. L'indicateur d'intensité d'embauche (qui mesure le rapport entre offres d'emploi et projets de recrutement rapportés à l'emploi moyen) passe de 0,35 en 2023 à 0,18 en 2024, soit une chute de près de moitié. Globalement, les projets de recrutement ont reculé de 10% en 2024 par rapport à 2023. Et dans l'informatique, cette baisse est la plus forte de tous les secteurs.
Les données confirment l'adoption massive de l'intelligence artificielle par les développeurs eux-mêmes. Selon le rapport Stack Overflow 2025, 90% des développeurs utilisent désormais l'IA dans leur travail quotidien, une hausse de 14,1 points par rapport à 2024. Plus de la moitié passent au moins deux heures par jour sur des outils comme GitHub Copilot, ChatGPT, Claude ou Cursor. Pour 80% d'entre eux, ces outils améliorent leur productivité.
Sundar Pichai l'a lui-même confirmé lors de la présentation des résultats de Google : plus d'un quart de tout le nouveau code chez Google est désormais généré par l'IA, avant d'être révisé par des ingénieurs. Un développeur augmenté par l'IA produit en une journée ce qui lui prenait deux à trois jours auparavant. La logique économique est implacable : si un développeur produit désormais l'équivalent de deux ou trois développeurs d'avant, les entreprises ont besoin de deux à trois fois moins de développeurs pour le même volume de production.
Marc Benioff, PDG de Salesforce, a été particulièrement explicite : 2025 sera la première année en 25 ans d'histoire de l'entreprise où elle ne fera pas croître son effectif d'ingénieurs logiciels. La décision n'est pas conjoncturelle, elle est stratégique. L'IA suffit à absorber la croissance des besoins. Les offres d'emploi pour développeurs ont d'ailleurs atteint en juillet 2024 leur plus bas niveau depuis près de quatre ans selon Indeed.
À l'échelle mondiale, les signaux sont encore plus alarmants. Aux États-Unis, plus de 210 000 suppressions d'emplois ont été recensées en 2025 dans le secteur tech, dont une part significative explicitement justifiée par les gains de productivité de l'IA. Microsoft a licencié 19 000 salariés, Intel 34 000, Tata Consultancy Services 12 000 postes dans ses centres de développement. Goldman Sachs estime que 25% de toutes les heures de travail pourraient être automatisées par l'IA. Le MIT évalue que l'IA peut déjà remplacer 11,7% du marché du travail américain.
En France, le cadre juridique protège davantage les salariés. Le droit du travail impose une obligation d'adaptation et de formation professionnelle avant tout licenciement. Mais la protection légale ne peut indéfiniment résister à une réalité économique profonde : quand les entreprises n'embauchent plus, les développeurs disponibles s'accumulent sur le marché.
Le rapport du Bureau of Labor Statistics indique pourtant que la demande en développeurs informatique sera plus forte pour soutenir l’essor de l’intelligence artificielle dans la période mentionnée.
« L'adoption croissante des technologies d'IA, y compris les outils d'IA générative, est un autre facteur qui stimulera une forte croissance de l'emploi dans les métiers de l'informatique et des mathématiques. Les entreprises de divers secteurs intégreront de plus en plus des systèmes basés sur l'IA dans leurs processus de travail afin d'améliorer leur productivité et d'optimiser leurs opérations. Le développement, la mise en œuvre et l'exploitation de ces technologies nécessiteront l'expertise de travailleurs formés en informatique, en programmation, en développement de logiciels et en analyse de données. Par conséquent, la demande pour des professions telles que les scientifiques des données, les chercheurs en informatique et en sciences de l'information et les développeurs de logiciels devrait augmenter considérablement au cours des prochaines années. Par exemple, on prévoit une augmentation de 33,5 % de l'emploi des scientifiques des données entre 2024 et 2034, ce qui en fera la profession en sciences mathématiques connaissant la croissance la plus rapide et la quatrième profession à la croissance la plus rapide toutes catégories confondues. Une croissance rapide de l'emploi est en sus attendue pour les chercheurs en informatique et en sciences de l'information (19,7 %), cette profession se classant parmi les 15 professions à la croissance la plus rapide », indique le BLS.
L'intelligence artificielle : assistante ou remplaçante ?
Au cœur de ce débat se pose une question fondamentale : l'IA est-elle un outil d'augmentation des capacités humaines ou un substitut appelé à remplacer purement et simplement les travailleurs ? La réponse varie considérablement selon les interlocuteurs.
Les optimistes, comme Jensen Huang, patron de Nvidia, ou Mark Cuban, voient l'IA comme un formidable outil d'augmentation. Selon eux, les développeurs ne disparaîtront pas mais deviendront plus productifs. Au lieu de coder ligne par ligne, ils superviseront des systèmes automatisés, se concentrant sur l'architecture, la stratégie et les choix techniques complexes que l'IA ne peut pas encore gérer.
Les pessimistes, à l'image de Mo Gawdat et Dario Amodei, estiment au contraire que cette période de transition sera courte. Nous vivrions actuellement une « ère de l'intelligence augmentée », brève parenthèse avant la « maîtrise par les machines » où l'IA ne complétera plus les tâches mais remplira des rôles entiers, de l'architecte à l'assistant, du développeur au product owner.
La vérité se situe probablement quelque part entre ces deux extrêmes. Certaines tâches — la génération de code boilerplate, les tests unitaires, la documentation — sont déjà largement automatisables. D'autres — l'architecture de systèmes complexes, la compréhension fine des besoins métier, la gestion d'équipe — résistent encore. Mais pour combien de temps ?
Sources : BLS, DARES
Et vous ?
Quelle lecture faites-vous des données croisées du BLS et de la DARES ? Les trouvez-vous crédibles ou pertinentes ?
Les données DARES confirment que l'informatique sort de la catégorie « tension très forte » pour la première fois depuis 2016. Les écoles d'informatique devraient-elles dès maintenant réduire leurs effectifs ou recentrer leurs formations sur l'IA et la spécialisation ?
Que pensez-vous des divergences entre les données du BLS et celles de la DARES, notamment, en ce qui concerne l’impact de l’essor de l’intelligence artificielle sur les emplois dans la filière du développement de logiciels ?Voir aussi :
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