Le PDG d'une entreprise de cybersécurité déclare que les travailleurs sont sur le point de vivre un moment darwinien à cause de l'intelligence artificielle qui impose de se mettre à la page ou d’être licenciéDans certains pays comme la France, cette phase de transformation radicale annoncée par le PDG de Palo Alto Networks est déjà effective dans la filière du développement de logiciels, du moins, en ce qui concerne les mises en touche. Les travailleurs de l'IT perdent de plus en plus leurs emplois et peinent à en trouver de nouveaux. Toutefois, l’espoir demeure pour cette catégorie d’employés si l’on prend en compte les rapports qui font état d’opportunités pour les développeurs dans des niches créées par la montée en puissance de l’intelligence artificielle.
Un rapport de la DARES paru au premier trimestre de l’année en cours parle d’apocalypse emploi développeur due à l’intelligence artificielle
Les données officielles de la DARES semblent désormais le confirmer : l'intelligence artificielle est bien en train de provoquer une forme d'apocalypse sur le marché de l'emploi des développeurs informatiques. La preuve ? Pour la première fois depuis 2016, l'informatique n'est plus en « tension très forte » de recrutement. Le secteur enregistre en 2024 la plus forte baisse de tensions tous domaines professionnels confondus, passant du niveau 5 au niveau 4 sur l'échelle DARES. Traduction concrète : il y a désormais plus d'informaticiens disponibles que de postes à pourvoir, quand le BTP, l'industrie et la maintenance continuent de souffrir d'une pénurie record. Pendant que l'IA génère du code à la place des développeurs, elle ne réparera jamais un trou dans votre toit, comme prévenait déjà le PDG de Lowe's qui a encouragé les jeunes à se tourner vers les travaux manuels.
Le terme « tensions sur le marché du travail » est souvent mal compris — et cette incompréhension conduit à des contresens majeurs sur la situation réelle des développeurs.
Quand la DARES mesure les « tensions de recrutement », elle évalue à quel point les entreprises peinent à trouver des candidats pour un métier donné. L'indicateur synthétique combine trois composantes : le rapport entre offres d'emploi et demandeurs disponibles, la vitesse à laquelle les chômeurs retrouvent un emploi, et le pourcentage d'employeurs anticipant des difficultés de recrutement.
La logique est implacable et s'applique comme un marché classique :
- Tensions FORTES (niveau 4-5) = peu de candidats pour beaucoup de postes
- Pour les salariés : pouvoir de négociation maximal, salaires élevés, sécurité absolue de l'emploi → c'est l'eldorado
- Pour les entreprises : galère à recruter, projets retardés, surenchère salariale → c'est la catastrophe
- Tensions FAIBLES (niveau 1-2) = beaucoup de candidats pour peu de postes
- Pour les salariés : concurrence féroce, salaires comprimés, difficulté à trouver un emploi → c'est la crise
- Pour les entreprises : pléthore de candidatures, facilité de recrutement, pouvoir de négociation total → c'est le paradis
La baisse des tensions en informatique signifie donc très précisément ceci : il y a davantage d'informaticiens disponibles que ce dont les entreprises ont besoin. L'analogie est simple. Imaginez un restaurant qui, pendant dix ans, cherchait désespérément des chefs cuisiniers et n'en trouvait pas. Puis arrive une machine qui cuisine automatiquement la moitié des plats. Soudain, le restaurant a besoin de deux chefs au lieu de cinq. Il y a maintenant trois chefs sur le carreau pour chaque poste disponible. Les tensions de recrutement « baissent ». C'est une bonne nouvelle pour le restaurateur. Pour les chefs, c'est le début de la galère.
Les chiffres publiés par la DARES indiquent que l'informatique et les télécommunications passent en 2024 d'un niveau de tension 5 (« très forte ») maintenu depuis 2016 à un niveau 4 (« forte »). Cette dégradation d'un échelon entier représente la baisse la plus marquée observée parmi tous les domaines professionnels.
Le graphique ci-dessous de la DARES illustre cette rupture : après avoir culminé en 2023 à son niveau le plus élevé depuis 2011, la courbe jaune de l'informatique amorce une descente notable. Parallèlement, d'autres courbes restent obstinément hautes : l'industrie (vert foncé) se maintient autour de 1,0, le BTP stagne à des niveaux très élevés.
Globalement, six métiers sur dix demeurent en tension forte ou très forte en 2024, contre sept sur dix en 2023. Cela représente 55% de l'emploi total contre près des deux tiers l'année précédente. Un progrès donc, mais qui cache des disparités sectorielles majeures que le rapport DARES documente méticuleusement.
Le rapport DARES identifie la baisse de l'intensité des embauches comme le facteur principal de la détente observée en 2024. L'indicateur d'intensité d'embauche (qui mesure le rapport entre offres d'emploi et projets de recrutement rapportés à l'emploi moyen) passe de 0,35 en 2023 à 0,18 en 2024, soit une chute de près de moitié. Globalement, les projets de recrutement ont reculé de 10% en 2024 par rapport à 2023. Et dans l'informatique, cette baisse est la plus forte de tous les secteurs.
Les données confirment l'adoption massive de l'intelligence artificielle par les développeurs eux-mêmes. Selon le rapport Stack Overflow 2025, 90% des développeurs utilisent désormais l'IA dans leur travail quotidien, une hausse de 14,1 points par rapport à 2024. Plus de la moitié passent au moins deux heures par jour sur des outils comme GitHub Copilot, ChatGPT, Claude ou Cursor. Pour 80% d'entre eux, ces outils améliorent leur productivité.
Sundar Pichai l'a lui-même confirmé lors de la présentation des résultats de Google : plus d'un quart de tout le nouveau code chez Google est désormais généré par l'IA, avant d'être révisé par des ingénieurs. Un développeur augmenté par l'IA produit en une journée ce qui lui prenait deux à trois jours auparavant. La logique économique est implacable : si un développeur produit désormais l'équivalent de deux ou trois développeurs d'avant, les entreprises ont besoin de deux à trois fois moins de développeurs pour le même volume de production.
Marc Benioff, PDG de Salesforce, a été particulièrement explicite : 2025 sera la première année en 25 ans d'histoire de l'entreprise où elle ne fera pas croître son effectif d'ingénieurs logiciels. La décision n'est pas conjoncturelle, elle est stratégique. L'IA suffit à absorber la croissance des besoins. Les offres d'emploi pour développeurs ont d'ailleurs atteint en juillet 2024 leur plus bas niveau depuis près de quatre ans selon Indeed.
À l'échelle mondiale, les signaux sont encore plus alarmants. Aux États-Unis, plus de 210 000 suppressions d'emplois ont été recensées en 2025 dans le secteur tech, dont une part significative explicitement justifiée par les gains de productivité de l'IA. Microsoft a licencié 19 000 salariés, Intel 34 000, Tata Consultancy Services 12 000 postes dans ses centres de développement. Goldman Sachs estime que 25% de toutes les heures de travail pourraient être automatisées par l'IA. Le MIT évalue que l'IA peut déjà remplacer 11,7% du marché du travail américain.
En France, le cadre juridique protège davantage les salariés. Le droit du travail impose une obligation d'adaptation et de formation professionnelle avant tout licenciement. Mais la protection légale ne peut indéfiniment résister à une réalité économique profonde : quand les entreprises n'embauchent plus, les développeurs disponibles s'accumulent sur le marché.
En droite ligne avec ces développements, spécialiste en nettoyage de code généré par l’intelligence artificielle est le nouveau titre d’emploi en vogue sur les curriculum vitae
Avec l'essor d'outils d'IA tels que ChatGPT, il est désormais possible de décrire un programme en langage naturel (français par exemple) et de demander au modèle d'IA de le traduire en code fonctionnel. Andrej Karpathy, ancien chercheur d'OpenAI, a récemment donné un nom à cette pratique, le « vibe coding », qui gagne du terrain dans les milieux technologiques. Google a même déclaré générer 25 % de son code par IA.
Cette technique, rendue possible par les grands modèles de langage (LLM) d'entreprises comme OpenAI ou Anthropic, attire l'attention parce qu'elle pourrait abaisser la barrière à l'entrée de la création de logiciels. Mais des questions subsistent quant à la capacité de cette approche à produire de manière fiable un code adapté aux applications du monde réel, même si des outils tels que Cursor Composer, GitHub Copilot et Replit Agent rendent le processus de plus en plus accessible aux non-programmeurs.
En effet, Kumar explique que ses clients lui mettent souvent à disposition des sites web ou des applications générées par une intelligence et qui se sont avérés instables ou totalement inutilisables. Son rôle : réparer la casse ou remettre de l’ordre dans le code généré par l’intelligence artificielle afin d’aboutir à un produit logiciel fonctionnel. Harsh Kumar entre ainsi dans la nouvelle catégorie de titre d’emploi dénommée spécialiste en nettoyage de code généré par l’intelligence artificielle.
L’humain revient donc au secours de l’intelligence artificielle que les entreprises utilisent de plus en plus comme motif pour le mettre à l’écart
Plus de 150 000 emplois ont été supprimés dans 549 entreprises en 2024. Depuis le début de cette année, plus de 80 000 travailleurs ont été victimes de réductions d'effectifs dans l'industrie. L'embauche de nouveaux talents a ralenti et celui de jeunes diplômés a chuté de 25 % en 2024. L'hécatombe en matière d’emploi se justifie en grande partie en raison de la disponibilité de l’intelligence artificielle qui redéfinit les exigences de l'industrie et modifient les méthodes de travail classiques.
L'essor de l'IA générative permet aux entreprises d'automatiser des tâches et de rationaliser les opérations. Amazon prévoit de réduire son effectif au cours des prochaines années en raison de « l'efficacité accrue » permise par l'IA. Des entreprises comme Shopify et Duolingo ont indiqué que les futures embauches dépendraient de la possibilité d'automatiser les tâches, bien que certaines entreprises font marche arrière dans leur stratégie en matière d'IA.
De nombreuses entreprises s'orientent vers l'utilisation des agents d'IA, c'est-à-dire des robots autonomes capables de prendre des décisions et d'accomplir des tâches à la place des humains, comme payer une facture ou réacheminer des stocks si une catastrophe naturelle perturbe un itinéraire de transport routier. Ainsi, Walmart déploierait de tels agents d'IA afin de réduire jusqu'à 18 semaines le délai de production de ses vêtements en interne.
Le secteur est frappé par ce que les experts appellent la « Grande Hésitation ». Ce phénomène succède à la « Grande Démission » et se caractérise par une prudence accrue des entreprises en matière d'embauche, exacerbée par l'incertitude économique et l'essor de l'IA. Les entreprises prolongent leurs processus d'embauche, font appel à des travailleurs contractuels ou attendent les candidats qui remplissent toutes les conditions, et même plus.
Selon Global Work AI, des « spécialistes qualifiés » recherchent activement des emplois non qualifiés, notamment dans les domaines de la saisie de données, du service client et de l'assistanat, même si 62,75 % des demandeurs d'emploi ont suivi des études supérieures. Ils sont en concurrence avec l'intelligence artificielle pour ces postes.
Source : CEO Palo Alto Networks (avis sur l’impact de l’intelligence artificielle sur les emplois)
Et vous ?
Ces tendances sont-elles cohérentes avec la réalité dont vous êtes au fait ?
Votre emploi de développeur informatique vous expose-t-il de plus en plus à des tâches de correction de code généré par l’intelligence artificielle ? Partagez vos anecdotes Voir aussi :
Les ingénieurs de Microsoft contraints de creuser leurs propres tombes avec l'IA. Ils sont sous pression pour concevoir et adopter des outils capables d'automatiser leurs tâches, ils sont ensuite licenciés
Les salariés de la tech sont démoralisés face aux vagues de licenciements et à l'augmentation des heures de travail qu'elles provoquent, ils ont une liste de responsabilités plus longue pour le même salaire
Le marché de l'emploi dans le secteur de la technologie se rétrécit alors que l'IA redéfinit les exigences de l'industrie, les postes autrefois réservés aux jeunes diplômés disparaissent au profit de l'IA
Vous avez lu gratuitement 4 626 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.