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PwC supprime 200 postes de débutants alors que l'IA transforme le monde du travail, laissant de nombreux diplômés de la génération Z confrontés à des défis plus importants pour lancer leur carrière

Le , par Mathis Lucas

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PwC supprime 200 postes de débutants alors que l'IA transforme le monde du travail, laissant de nombreux diplômés de la génération Z confrontés à des défis plus importants pour lancer leur carrière

Le cabinet d'audit PwC réduit le nombre de diplômés qu'il embauche au Royaume-Uni. PwC a déclaré qu'il embauchera 1 300 nouveaux diplômés et jeunes sortant de l'école, soit 200 de moins que l'année dernière. La société explique que l'IA redéfinit le marché de l'emploi des jeunes et qu'elle se doit de s'adapter. Aux États-Unis, les offres d'emploi pour les postes de débutant ont chuté d'environ 35 % depuis janvier 2023. Dans le secteur IT, Gartner prédit que l'IA deviendra incontournable dans les services informatiques d'ici à 2030 et permettra aux organisations d'automatiser les tâches qui étaient autrefois réservées aux débutants.

Les jeunes diplômés font face à un marché de l'emploi difficile. Contrairement aux discours apocalyptiques de suppression massive d’emplois, il ne s’agit pas d’un effondrement global du marché, mais d’un glissement silencieux affectant spécifiquement les premiers échelons professionnels. Selon de nombreux chefs d'entreprise, l'IA générative est très performante pour prendre en charge les tâches de débutant et s'améliore également rapidement.

Dans un billet publié sur LinkedIn, Marco Amitrano, directeur du cabinet PwC au Royaume-Uni, a expliqué : « l'IA redéfinit les rôles, les marchés mondiaux restent volatils et les recrutements de diplômés sont sous pression partout. Chez PwC, nos chiffres d'embauche au niveau débutant sont en baisse cette année, reflétant le ralentissement général des investissements, des embauches et des transactions dans l'ensemble de l'économie ».

En chiffres, le cabinet d'expertise comptable et de conseil recrute 200 talents débutants de moins cette année. Par le passé, pour le jeune Marco Amitrano, ce recul aurait pu changer le cours de sa vie ; après tout, ce dernier a commencé sa carrière il y a 33 ans grâce à un poste de débutant chez PwC. Aujourd'hui, cependant, le paysage est différent, l'IA étant en partie responsable du ralentissement (potentiellement temporaire) de l'embauche des jeunes.

« L'innovation dans le domaine de l'IA est certainement en train de redéfinir les rôles. Pour l'instant, le développement de nouveaux outils et l'investissement parallèle dans les compétences compensent les perturbations plus graves », a déclaré Marco Amitrano dans une tribune libre publiée dans The Times.

Les gains de productivité généralisés se font encore attendre

Dans son article, le directeur de PwC a déclaré qu'une politique cohérente, une réforme réglementaire et un environnement fiscal plus prévisible contribueraient à créer des emplois. Il s'est également montré optimiste quant au potentiel de l'IA générative, affirmant que cette technologie pourrait créer de nouvelles industries si « des investissements soutenus et importants étaient réalisés dans la technologie, les infrastructures et la formation ».


« La plupart des technologies, sinon toutes, ont stimulé à la fois la productivité et les salaires », a-t-il déclaré. Les embauches de débutants devraient aussi ralentir dans la filiale américaine de l'entreprise. Si cette décision permet au PwC de rationaliser ses opérations, elle représente une nouvelle pour les jeunes.

Toutefois, même si l'IA est considérée comme un moyen de stimuler la productivité sur le lieu de travail, elle n'a pas été la solution miracle attendue. En fait, une étude récente du MIT a révélé que jusqu'à 95 % des projets pilotes d'IA dans les entreprises échouent à l'heure actuelle. Cela pose particulièrement problème au Royaume-Uni, qui est déjà confronté à une baisse de sa productivité à des niveaux jamais vus depuis l'époque victorienne.

Le ministère britannique des Affaires et du Commerce a procédé à un essai du logiciel Microsoft 365 Copilot sur une période de trois mois. Mais il n'a observé aucune augmentation notable de la productivité. L’impact réel était plus nuancé que ne le suggéraient les supports marketing de Microsoft. La création de diapositives PowerPoint a été en moyenne plus rapide de sept minutes, mais a nécessité des corrections en raison d'une qualité « inférieure ».

Même son de cloche du côté du gouvernement australien. Après une période d'essai, le personnel a jugé l'IA de Microsoft moins utile que prévu. Le rapport fait écho à des études antérieures selon lesquelles les assistants d'IA tels que Copilot et ChatGPT ne sont pas utiles dans les tâches complexes.

De nombreuses entreprises remplacent leurs employés par l'IA

PwC n'est pas la seule entreprise à admettre que ses effectifs diminuent, en partie à cause de l'IA. Andy Jassy, PDG d'Amazon, a déclaré en juin que l'IA entraînerait une diminution des besoins en main-d'œuvre chez le géant du commerce électronique. « Il est difficile de savoir exactement où cela mènera à terme, mais au cours des prochaines années, nous prévoyons que cela réduira l'effectif total de notre entreprise, car nous gagnerons en efficacité en utilisant largement l'IA dans toute l'entreprise », a-t-il déclaré.

Chez Salesforce, les changements sont encore plus marqués. Le PDG de l'éditeur de logiciels, Marc Benioff, a admis à la fin du mois dernier que l'IA lui avait permis de supprimer 4 000 emplois. Ce qui lui avait valu des critiques. « J'ai pu rééquilibrer mes effectifs dans le domaine du support. Je l'ai réduit de 9 000 à environ 5 000 personnes, car j'ai besoin de moins de personnel », a révélé Marc Benioff dans le podcast The Logan Bartlett Show.

Mais malgré les changements dans tous les secteurs, il reste à voir si les remaniements induits par l'IA vont se poursuivre ou si les entreprises vont se raviser comme Klarna, qui a recommencé à embaucher des travailleurs humains après être allée trop loin dans les suppressions d'emplois au profit de l'IA.

« Comme le coût semble malheureusement avoir été un facteur d'évaluation trop prédominant lors de l'organisation de cette restructuration, on se retrouve finalement avec une qualité moindre. Investir réellement dans la qualité du support humain est la voie de l'avenir pour nous », a déclaré Sebastian Siemiatkowski, PDG de Klarna en mai 2025. Klarna, comme de nombreuses autres entreprises, avait surestimé les capacités réelles de l'IA générative.

La branche britannique de Deloitte a aussi réduit ses recrutements de diplômés et d'apprentis ces dernières années. Le cabinet a récemment annoncé qu'il recrute 1 400 nouveaux participants à son programme pour diplômés, à son programme d'apprentissage BrightStart et à son programme de stages en entreprise, soit 300 de moins qu'en 2023 pour les mêmes programmes.

Une disparition inquiétante des postes de premier échelon

L'IA menace le transfert des connaissances institutionnelles et l'avancement hiérarchique au sein des organisations. En examinant les données entre 2019 et 2024 pour les Big Tech publics et les startups matures financées par du capital-risque, la société de capital-risque SignalFire a constaté dans une étude une baisse de 50 % des nouveaux postes occupés par des personnes ayant moins d'un an d'expérience professionnelle après l'obtention de leur diplôme.


Selon une étude de Revelio Labs, les offres d'emploi pour les postes de débutants aux États-Unis ont globalement chuté d'environ 35 % depuis janvier 2023, l'IA jouant un rôle important dans cette évolution. Les pertes d'emploi chez les 16-24 ans augmentent alors que le marché du travail traverse une période difficile. Les perspectives offertes aux jeunes diplômés s'amenuisent et leur avenir dans le secteur informatique est plus incertain que jamais.

Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, fait partie de ceux qui prévoient que jusqu'à 50 % des emplois de premier échelon pourraient être supprimés par l'IA à mesure que la technologie s'améliore, notamment grâce à la possibilité de travailler huit heures d'affilée sans pause. D'autres PDG de la Tech se veulent plus rassurants. Le PDG d'OpenAI, Sam Altman, estime que la génération Z est la plus chanceuse de l'histoire grâce aux opportunités offertes par l'IA.

Mais au-delà de la menace que l'IA fait peser sur les postes de débutants, c'est l'échelle professionnelle même qui est remise en question. Selon les analystes, l'essor de l'IA a coïncidé avec un aplatissement considérable des structures organisationnelles, en particulier parmi les cadres intermédiaires.

L'essor de l'IA générative soulève la question de savoir si l'échelle de carrière est sur le point d'être brisée et si les récits d'ascension sociale de la génération actuelle de dirigeants d'entreprise, qui ont toujours constitué une partie importante de l'éthique américaine, sont appelés à devenir une chose du passé. Si l'idée de gravir tous les échelons a toujours été plus l'exception que la règle, elle a contribué à dynamiser le cœur des entreprises américaines.

L'IA deviendra incontournable dans les services informatiques

Gartner a récemment organisé un symposium informatique de Gartner à Gold Coast, en Australie, au cours duquel plusieurs experts ont pris la parole pour évoquer l'impact potentiel de l'IA dans le secteur informatique dans un avenir proche. Alicia Mullery, vice-présidente et analyste chez Gartner, a rappelé qu'à l'heure actuelle, 81 % du travail est effectué par des humains sans aucune aide de l'IA. Mais la tendance devrait s'inverser d'ici la fin de la décennie.

D'ici 5 ans, Gartner estime que jusqu'à 75 % du travail informatique sera constitué d'activités humaines augmentées par l'IA, le reste étant effectué par des robots seuls. Daryl Plummer, vice-président analyste émérite, a déclaré que cette évolution permettra aux services informatiques de gagner en capacité de travail et qu'ils devront prouver qu'ils méritent de la conserver. « Il ne faut jamais donner l'impression d'avoir trop de personnel », a-t-il conseillé.

Daryl Plummer a suggéré aux responsables informatiques de consulter leurs homologues d'autres services de l'entreprise afin d'identifier les opportunités à valeur ajoutée que les services informatiques peuvent exploiter. Pourtant, l'omniprésence de l'IA commence à agacer de plus en plus de travailleurs.

Depuis plusieurs mois, un malaise grandit chez les utilisateurs de GitHub. Copilot, qui devait être une révolution en matière de productivité, se transforme pour beaucoup en cauchemar imposé. Présenté au départ comme une option, Copilot devient un élément quasi indissociable de l’expérience GitHub et Visual Studio Code, auquel il est intégré par défaut. Il est difficile à désactiver et omniprésent jusque dans les suggestions de problèmes ou de pull requests.

Ce glissement d’un service facultatif vers une imposition systématique nourrit une impression d’intrusion, voire de manipulation. Pour nombreux utilisateurs de la plateforme, GitHub ne respecte plus leur autonomie et leur liberté de choix, deux valeurs pourtant fondatrices de la culture open source.

Conclusion

Les analystes ne décrivent pas un effondrement brutal du marché du travail, mais un déplacement silencieux des opportunités. Les jeunes travailleurs paient aujourd’hui le prix d’une adoption massive de l’IA générative dans les tâches standardisées. Selon une étude de Stanford, les jeunes de 22 à 25 ans, fraîchement diplômés ou débutants, sont confrontés à une baisse de 13 % de l’emploi dans les secteurs exposés à l’automatisation par l’IA.

La situation ouvre une question centrale : comment maintenir une relève professionnelle dans un monde où l’IA occupe les premiers postes de carrière ? Sans réponse claire, le risque est celui d’un marché où les jeunes n’ont plus d’espace pour se former, fragilisant à terme la pérennité même de l’écosystème numérique.

En réduisant les embauches juniors, les entreprises s’exposent à un déficit futur de talents expérimentés. Car sans nouvelles recrues aujourd’hui, il n’y aura pas de seniors qualifiés demain. Les jeunes apportent souvent un regard neuf et une appétence pour les nouvelles technologies. Leur marginalisation risque d’appauvrir l’innovation et la diversité des idées. Universités, bootcamps et écoles d’ingénieurs doivent repenser leurs programmes. Former uniquement à des compétences techniques désormais automatisées conduit à un décalage avec le marché.

Source : Marco Amitrano, directeur du cabinet PwC au Royaume-Uni

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Avatar de RenarddeFeu
Membre averti https://www.developpez.com
Le 12/09/2025 à 0:58
L'IA va clairement dégrader la valeur du travail des cols blancs, et les pousser à accepter des salaires moindres ainsi que plus de précarité.

Les jeunes qui s'orientent dans des métiers où l'IA ne peut pas les concurrencer ont tout à fait raison.
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Avatar de fred1599
Expert éminent https://www.developpez.com
Le 11/09/2025 à 23:19
Hello,

Si la menace d'une raréfaction des postes de premier échelon est bien réelle et globale, le contexte franco-européen dessine une trajectoire légèrement différente. Plutôt qu'une suppression brutale, on assiste à une transformation profonde des compétences attendues chez un jeune diplômé.

Le marché ne cherche plus un junior capable d'exécuter des tâches standardisées, puisque l'IA le fait plus vite. Il cherche un débutant capable de :

  • Piloter l'IA : Savoir utiliser intelligemment les outils d'IA générative pour décupler sa propre productivité.
  • Faire preuve d'esprit critique : Vérifier, corriger et améliorer les productions de l'IA.
  • Maîtriser les "soft skills" : La créativité, la collaboration, la communication et la résolution de problèmes complexes deviennent les compétences différenciantes que l'IA ne possède pas.

Pour les jeunes de la Génération Z, le défi n'est donc pas seulement de trouver une première porte d'entrée, mais de prouver qu'ils apportent une valeur ajoutée au-delà de ce que peut produire un algorithme.
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