IdentifiantMot de passe
Loading...
Mot de passe oublié ?Je m'inscris ! (gratuit)

Vous êtes nouveau sur Developpez.com ? Créez votre compte ou connectez-vous afin de pouvoir participer !

Vous devez avoir un compte Developpez.com et être connecté pour pouvoir participer aux discussions.

Vous n'avez pas encore de compte Developpez.com ? Créez-en un en quelques instants, c'est entièrement gratuit !

Si vous disposez déjà d'un compte et qu'il est bien activé, connectez-vous à l'aide du formulaire ci-dessous.

Identifiez-vous
Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ?
Créer un compte

L'inscription est gratuite et ne vous prendra que quelques instants !

Je m'inscris !

« Qui va nous payer quand nous serons remplacés par des robots ? » : des ouvriers d'usine indiens sont contraints de se filmer pour former les systèmes d'IA et les robots qui les remplaceront plus tard

Le , par Mathis Lucas

119PARTAGES

6  0 
« Qui va nous payer quand nous serons remplacés par des robots ? » : des ouvriers d'usine indiens sont contraints de se filmer pour former les systèmes d'IA et les robots qui les remplaceront plus tard

Les Big Tech utilisent des travailleurs d’usines indiens pour générer des données égocentriques via des caméras frontales afin de perfectionner l'IA et la robotique. Ces employés sont contraints d'enregistrer leurs propres gestes techniques, créant ainsi les modèles numériques qui pourraient un jour permettre à des robots de les remplacer. Bien que ces clips possèdent une immense valeur commerciale, les ouvriers ne reçoivent souvent aucune compensation financière supplémentaire pour cette contribution. Cette pratique soulève des préoccupations : surveillance constante, exploitation et absence de consentement dans un secteur en pleine automatisation.

Dans plusieurs usines en Inde, les employés se voient de plus en plus souvent équipés de caméras frontales pour filmer leurs moindres faits et gestes durant leurs journées de travail. L'objectif de cette démarche est de récolter d'énormes quantités de données dites égocentriques, qui consistent en des enregistrements à la première personne des mouvements humains, essentiels pour entraîner la prochaine génération d'IA et de robots humanoïdes.

L'Inde devient un carrefour vital pour cette collecte d'informations massive en raison de la densité et de la diversité de sa main-d'œuvre impliquée dans des tâches physiques et manuelles. Les entreprises spécialisées dans la robotique estiment en effet qu'il faudra filmer des milliards d'heures d'activité humaine avant que les robots n'apprennent et ne soient capables de naviguer avec fiabilité dans des environnements réels et d'y remplacer l'humain.

Les chatbots basés sur l’IA et les générateurs d’images traitent d’énormes quantités de données numériques, mais la mise au point de « systèmes capables de s’adapter à des environnements » réels s’avère plus complexe. Certains formateurs de l'IA travaillent à domicile, d’autres dans des usines ou des studios spécialisés, à l’aide de lunettes vidéo, de caméras frontales et de capteurs de mouvement. Cette pratique se développe rapidement en Inde.

La transformation des ouvriers indiens en formateurs de l'IA

Les développeurs d'IA et de robots estiment que l’intégration de vidéos filmées à la première personne dans des modèles d’IA spécialisés aidera les robots à imiter le comportement humain. Un smartphone fixé sur la tête, Nagireddy Sriramyachandra, une femme indienne au foyer, se filme en train de couper des mangues. Les vidéos enregistrées par cette dernière vont servir à former des robots dotés d’IA à effectuer des tâches ménagères à l’avenir.


Gagnant 250 roupies (environ 2,6 dollars) pour une heure de vidéo, ses enregistrements banals sont d’une valeur inestimable pour les entreprises technologiques mondiales qui apprennent aux machines à se déplacer comme des humains dans le monde réel. « Qui d’autre vous donnerait 250 roupies de l’heure simplement pour faire le ménage ? », a-t-elle demandé depuis sa cuisine à Chennai, la capitale de l’État du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde.

« Je vais peut-être moi-même m’acheter un robot un jour », a-t-elle déclaré. Nagireddy Sriramyachandra envoie ses enregistrements via une application spéciale à une société spécialisée dans les données d’IA, qui possède des bureaux en Inde et aux États-Unis et compte parmi ses clients des multinationales du classement Fortune 500. Concernant la caméra, elle a déclaré : « elle crie “mains non détectées” quand je n’enregistre pas correctement ».

Le marché des robots humanoïdes est en plein essor et, selon les prévisions, plus d’un milliard d’entre eux seront en service d’ici 2050, principalement à des fins industrielles et commerciales. L’Inde s’est positionnée comme un intermédiaire mondial pour la création, le traitement et l’annotation des données d’IA.

Surveillance accrue et détérioration des conditions de travail

« Il est probable que ces services de collecte de données se multiplient », affirme Aditi Surie, experte en travail numérique, de l’Institut indien pour les établissements humains (Indian Institute for Human Settlements) de Bengaluru, ville du sud de l’Inde surnommée la « Silicon Valley indienne ». Cependant, cette collecte d'information suscite de plus en plus d'inquiétudes, notamment concernant la surveillance constante et l'exploitation des ouvriers.

Si cette pratique a d'abord amusé les employés, le climat s'est rapidement assombri sur les chaînes de production. Lalita, une ouvrière du secteur textile, a témoigné de cette évolution : « nous avons trouvé cela drôle au début, à cause de notre allure avec ce casque ». Mais très rapidement, l'anxiété a gagné les travailleurs, conscients que leur productivité, leurs pauses et même leurs conversations étaient désormais « minutieusement » enregistrées.

Parfois, cette collecte de données dépasse le simple cadre de l'IA et sert à générer des rapports de productivité stricts, traquant le moindre moment d'inactivité des travailleurs. Des problèmes évidents de sécurité et de vie privée font également surface, par exemple lorsque des ouvrières oublient d'enlever ces caméras en se rendant aux toilettes. Il est déjà arrivé que Meta partage avec des tiers des images intimes filmées par ses lunettes Ray-Ban.

Une enquête publiée en février a révélé que des travailleurs de Sama, un sous-traitant de Meta basé au Kenya, visionnent des vidéos captées par les lunettes connectées Ray-Ban dans le cadre de missions d'annotation de données pour l'IA de Meta. Plus de 30 employés ont été interrogés à divers niveaux de Sama. Certaines des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ont travaillé sur d'autres projets que les lunettes connectées de Meta.

Exploitation économique et illusion du consentement

L'un des moteurs majeurs de cette pratique est de réduire drastiquement les coûts de développement pour les grandes entreprises technologiques, comme Tesla, qui s'appuient sur ces vidéos. Cet avantage économique est d'ailleurs assumé par certains acteurs du secteur : « une entreprise qui paie 30 dollars de l'heure pour la collecte de données aux États-Unis peut souvent obtenir un travail similaire en Inde pour moins d'un sixième de ce coût ».


C'est l'avis d'un chef d'entreprise technologique qui a souhaité rester anonyme. « Dans de nombreux cas, les entreprises peuvent simplement conclure des accords avec des usines pour collecter des images à grande échelle, sans rémunérer directement les travailleurs individuels », a-t-il déclaré à The Guardian.

Les entreprises technologiques négocient et paient directement les usines sans demander un consentement explicite aux travailleurs. Une enquête menée par The Guardian sur les pratiques de collecte de données dans six usines réparties dans cinq États a révélé que les travailleurs (ou formateurs de l'IA) ne recevaient aucune rémunération pour les séquences vidéo qu’ils généraient et qui seraient ensuite vendues à des entreprises technologiques.

« Parfois, ils nous offrent une boisson gazeuse. Je ne sais toujours pas si c’est parce que nous filmons ou parce que la chaleur à Delhi est insupportable », explique Lalita, qui gagne environ 200 dollars par mois à l’usine. « Se voir demander de se filmer soi-même pour qu’une caméra apprenne à prendre notre place, c’est comme être exposé au regard de tous avant d’être mis au rebut. C’est déchirant à voir et déshumanisant », a commenté un critique.

L'extraction du savoir corporel et l'avenir du travail

Lorsqu’on leur a demandé pourquoi les travailleurs n’étaient pas rémunérés séparément pour la production de ces précieux ensembles de données, plusieurs entreprises ont fait valoir que les usines étaient déjà rémunérées pour faciliter les enregistrements et qu’aucun paiement supplémentaire aux travailleurs n’était nécessaire. Les détracteurs affirment que ce raisonnement occulte la question de savoir qui produit réellement les données collectées.

Cette nouvelle dynamique soulève des questions éthiques quant à la nature même du travail. Les chercheurs alertent sur le fait que les travailleurs ne se contentent plus de vendre leur force de travail, mais qu'ils génèrent un actif numérique monétisable en captant les instincts et le savoir-faire acquis au fil des années.

La chercheuse Sarayu Natarajan explique : « les données proviennent du corps et des actions du travailleur, mais une fois extraites, elles ne lui restent plus attachées de la même manière ». Le modèle actuel ne prévoit pas de redevance ni de partage de la valeur créée par cette IA, pourtant bâtie sur le dos des travailleurs. En fin de compte, ces travailleurs entraînent les algorithmes qui menacent directement leurs propres moyens de subsistance.

Lalita, ouvrière payée à 200 dollars par mois, soulève une question cruciale face à cette situation absurde : « qui va nous payer quand nous serons remplacés par des robots ? » Selon certaines sources, dans le secteur informel, les entreprises spécialisées dans la collecte de données pour l'IA paient directement les ouvriers du bâtiment afin qu'ils portent ces caméras, mais ils ignorent totalement l'usage commercial final qui sera fait de leurs données.

Et vous ?

Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous de cette nouvelle forme de collecte de données pour la formation des systèmes d'IA ?
Les ouvriers sont contraints de former la machine qui va les remplacer. Qu'en pensez-vous ?
Faut-il laisser cette pratique se démocratiser davantage ou faut-il y mettre un terme pour des raisons éthiques ? Pourquoi ?
Certains critiques jugent cette pratique déshumanisante. Partagez-vous ce point de vue ? Pourquoi ?
Jusqu'où les entreprises technologiques iront-elles pour obtenir des données de qualité destinées à leur IA ?
Comment l'économie tournera-t-elle lorsque l'IA nous aura tous remplacés ? Qui achètera les biens produits par les entreprises ?

Voir aussi

Glasshole 2.0 : la décision de Meta de partager avec des tiers des images intimes filmées par ses lunettes Ray-Ban suscite des craintes plus alarmantes que celles qui ont provoqué l'échec des Google Glass

Un développeur affirme que Microsoft fait tout son possible pour remplacer autant d'emplois que possible par des agents d'IA, l'entreprise vient de procéder à des licenciements massifs dans sa division Xbox

Les ingénieurs de Microsoft contraints de creuser leurs propres tombes avec l'IA. Ils sont sous pression pour concevoir et adopter des outils capables d'automatiser leurs tâches, ils sont ensuite licenciés
Vous avez lu gratuitement 13 899 articles depuis plus d'un an.
Soutenez le club developpez.com en souscrivant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.

Une erreur dans cette actualité ? Signalez-nous-la !

Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 09/07/2026 à 15:36
« Qui va nous payer quand nous serons remplacés par des robots ? »
Inutile de vouloir jouer au "bien-pensant"... Il y a strictement PERSONNE qui va les payer. Ils seront jetés sans le moindre revenu parce que contrairement à nos pays occidentaux, l'aide sociale ou les prestations de chômage sont tout simplement inconnues dans la plupart des pays à faibles coûts...

Et oui, c'est cela la stricte vérité et inutile de croire au *revenu universel" (=une allocation versée à tous les citoyens par l'État, de manière inconditionnelle et sans obligation de travailler) qui n'est rien d'autre qu'une fable qu'aucun pays n'a mis en place ou projette de le faire dans un avenir proche
0  0 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 09/07/2026 à 17:44
Citation Envoyé par Mathis Lucas Voir le message
Et vous ?

Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous de cette nouvelle forme de collecte de données pour la formation des systèmes d'IA ?
Les ouvriers sont contraints de former la machine qui va les remplacer. Qu'en pensez-vous ?
Faut-il laisser cette pratique se démocratiser davantage ou faut-il y mettre un terme pour des raisons éthiques ? Pourquoi ?
Certains critiques jugent cette pratique déshumanisante. Partagez-vous ce point de vue ? Pourquoi ?
Jusqu'où les entreprises technologiques iront-elles pour obtenir des données de qualité destinées à leur IA ?
Comment l'économie tournera-t-elle lorsque l'IA nous aura tous remplacés ? Qui achètera les biens produits par les entreprises ?
J'adore cette liste de questions qui démontre une déconnexion totale du monde réel...

1. Il n'a pas fallu attendre la démocratisation de l'IA pour voir des entreprises exiger de leur personnel de former ceux qui vont être à l'origine de leur licenciement: J'ai en exemple une multinationale de la cigarette américaine qui a exigé de ces informaticiens de son siège EMEA (Europe, Middle East and Africa) situé à Lausanne (Suisse) de former des informaticiens en Inde avant de tous les virer (par licenciement ou par mise à la retraite anticipée)!!!

2. Il n'y aura jamais aucune loi pour obliger les entreprises à garder et à payer des collaborateurs qu'ils ne veulent plus: La tendance ne va pas vers des pays qui passent du capitalisme vers une organisation étatisée et communiste... C'est même le contraire comme le montre la Chine qui se dit toujours "communiste" mais qui applique des règles "capitalistes" plus violentes que les pays occidentaux qui se disent capitalistes.

3. Les entreprises mondialisées (et pas seulement celles dites "technologiques") sont prêtes à tout pour assoir leur puissance et s'enrichir toujours plus: L'état de santé de la planète, le devenir des populations ne sont tout simplement pas des éléments dignes d'être pris en compte. Notre humanité peut aller droit dans le mur et disparaître, il y aura toujours encore suffisamment de "quarters" (résultat calculé chaque trimestre) pour engranger des bénéfices faramineux et encaisser des bonus stratosphériques...
0  0