Meta a attribué à six cadres des options d'une valeur pouvant atteindre 921 millions de dollars chacune, puis a supprimé 8 000 emplois après un trimestre record de 56,3 milliards de dollarsMeta a récemment procédé au licenciement de 8 000 personnes pour accroître son efficacité. Cette réduction est intervenue malgré des résultats financiers records affichant un chiffre d'affaires de 56,3 milliards de dollars. Elle coïncide également avec l'attribution de primes massives en actions à six hauts dirigeants, dont la valeur estimée peut atteindre 921 millions de dollars chacune. L'entreprise réoriente massivement ses ressources vers l'IA, augmentant ses prévisions de dépenses pour acquérir des infrastructures de pointe. Les investisseurs restent toutefois prudents face à l'ampleur de ces investissements et à une légère baisse de l'engagement des utilisateurs.
Meta a enregistré « le meilleur premier trimestre » de son histoire, avec un chiffre d’affaires de 56,3 milliards de dollars, en hausse de 33 % par rapport à l’année précédente, soit sa croissance la plus rapide depuis 2021. Le rapport montre que plus de 55 milliards de dollars de ce total du premier trimestre provenaient de la publicité, avec une hausse de 19 % du nombre d’impressions publicitaires et un bond de 12 % du prix du prix moyen par annonce.
Le résultat net s’est établi à 26,8 milliards de dollars. Toutefois, 8,03 milliards de dollars du résultat net correspondaient à un avantage fiscal ponctuel lié à la loi « One Big Beautiful Bill Act ». Si l’on exclut ce montant, le bénéfice ajusté s’élevait à 7,31 dollars par action, un chiffre toujours supérieur aux 6,79 dollars attendus par les analystes de Wall Street. Toutefois, cela ne correspond pas à une hausse de 61 % de l’activité réelle du géant de Menlo Park.
Et juste après la publication des résultats financiers, l’action Meta a chuté d’environ 7 % en séance prolongée. Ce qui a inquiété les investisseurs, ce sont les prévisions de dépenses. L'entreprise table désormais sur des dépenses d’investissement comprises entre 125 et 145 milliards de dollars pour l’année, contre une estimation précédente de 115 à 135 milliards de dollars, soit près du double de ce qu’elle a dépensé pendant l'exercice précédent.
L'IA accapare une large part des ressources financières de Meta
Ces investissements sont principalement destinés au développement de l'infrastructure technologique, aux centres de données et à l'acquisition de puces d'IA. Dans son rapport, Meta justifie sa stratégie comme suit : « cela reflète nos prévisions concernant la hausse des prix des composants cette année et, dans une moindre mesure, les coûts supplémentaires liés aux centres de données destinés à soutenir la capacité pour les années à venir ».
Mais des doutes émergent. Cette orientation pose la question de savoir si ces investissements massifs génèreront à terme suffisamment d'engagement et de croissance pour justifier la facture, sachant que ce sont toujours les revenus publicitaires classiques qui portent l'entreprise à l'heure actuelle.
Ces investissements colossaux dans l'IA se sont accompagnés d'une restructuration humaine drastique. Le 23 avril, le directeur des ressources humaines de Meta a envoyé une note de service annonçant qu’environ 10 % des 77 986 employés de l’entreprise, soit environ 8 000 personnes, perdraient leur emploi. Meta a aussi supprimé 6 000 postes vacants et réaffecté environ 7 000 employés à des équipes nouvellement créées, spécialisées dans l’IA.
Selon la note de service, ces mesures s’inscrivent dans le cadre des efforts de Meta visant à « gérer l’entreprise plus efficacement » et à lui permettre de « compenser les autres investissements qu'elle réalise ». Le PDG Mark Zuckerberg avait laissé entrevoir cette orientation dès janvier : « nous commençons à voir des projets qui nécessitaient auparavant de grandes équipes être désormais menés à bien par une seule personne très talentueuse ».
Un contraste entre licenciements et rémunérations des cadres
Ce plan social massif contraste fortement avec une décision prise en toute discrétion quelques semaines plus tôt. Six semaines avant la publication des résultats, des documents déposés auprès de la SEC ont révélé un nouveau plan d’options sur actions destiné à six cadres supérieurs. Chaque dirigeant a reçu 653 865 options sur actions. Il s’agit de la première attribution d’options aux dirigeants de Meta depuis son introduction en bourse en 2012.
Le montant versé aux dirigeants concernés dépendra de l’atteinte par le cours de l’action Meta d’une série d’objectifs, allant de 1 116 dollars dans le scénario le plus bas à 3 727 dollars dans le scénario le plus élevé. Si l’action n’atteint jamais 1 116 dollars d’ici 2031, les dirigeants ne recevront rien.
Si l'action Meta atteint l’objectif maximal, chaque paquet d’options vaudrait 625,6 millions de dollars. Avec les attributions supplémentaires d’actions restreintes pour certains dirigeants, leur rémunération potentielle totale s’élève à 921 millions de dollars chacun. Pour atteindre la rémunération maximale, la capitalisation boursière de Meta devrait atteindre 9 500 milliards de dollars, un niveau qu’aucune entreprise au monde n’a jamais atteint.
La situation de Meta n'est pas un cas isolé, et illustre plutôt une tendance lourde dans l'industrie technologique. Des acteurs majeurs tels qu'Amazon, Salesforce et Snap ont également procédé à d'importantes coupes dans leurs effectifs cette année, toutes justifiées par la volonté de gagner en efficacité grâce à l'IA. Ces entreprises opèrent ainsi une transition profonde consistant à remplacer le capital humain par des infrastructures technologiques.
Un climat social particulièrement lourd règne au sein de Meta
Selon plusieurs rapports récents, Meta traverse une période de forte tension interne, caractérisée par un moral des employés au plus bas. Cette situation découle de la restructuration profonde entamée en mai 2026. Ces licenciements massifs surviennent alors que l'entreprise se porte très bien financièrement, ayant même enregistré des revenus trimestriels records dépassant les 56 milliards de dollars au moment de l'annonce de la restructuration.
Depuis 2022, la société a supprimé près de 25 000 postes afin de financer une réorientation stratégique et extrêmement coûteuse vers les infrastructures d'IA. Cette quête intervient après que Meta a perdu environ 80 milliards de dollars dans le métavers, qui était à l'origine du changement de nom de l'entreprise.
Dans ce contexte très délicat, le PDG Mark Zuckerberg a envoyé une note interne pour inciter ses équipes à participer à un grand événement d'entreprise, un hackathon axé sur l'IA prévu pour le mois de juillet. Il a également profité de cette communication pour proposer un accès à des bureaux permanent, remettant ainsi en lumière le système controversé des bureaux partagés, ou « hot desks », que les employés de Meta subissent au quotidien.
L'initiative du hackathon, qui était traditionnellement conçue pour encourager l'expérimentation et la camaraderie entre les ingénieurs de l'entreprise, a été perçue en interne comme une grave erreur d'appréciation et une incapacité à comprendre le mal-être général. « L'obsession des dirigeants de la technologie pour l'IA plonge leurs employés dans une psychose profonde, ce qui a un impact réel sur le moral et la productivité », a écrit un critique.
L'épuisement général des troupes et la colère des travailleurs
Les salariés qui ont survécu aux vagues de licenciements ont fermement rejeté cette invitation à s'amuser, soulignant l'hypocrisie de la situation face à une charge de travail devenue écrasante. Plusieurs messages internes divulgués dans la presse révèlent que les équipes luttent simplement pour maintenir l'activité courante et qu'elles doivent assumer toujours plus de responsabilités avec un soutien réduit, pendant que les collègues se font licencier.
De plus, de nombreux employés se retrouvent aujourd'hui contraints d'effectuer des tâches répétitives et ingrates visant à entraîner les modèles d'IA, exacerbant ainsi leur frustration. Certains travailleurs estiment que la culture d'innovation et de hackathon n'a tout simplement plus sa place au sein de Meta.
Malgré la souffrance de ses employés et les investissements massifs, Meta peine encore à proposer des modèles d'IA de pointe et se laisse distancer par ses concurrents Anthropic et OpenAI. Conscient des tensions internes, Mark Zuckerberg a directement reconnu dans son mémo que l'entreprise avait commis des erreurs lors de cette transition complexe autour de l'IA, admettant que d'autres erreurs seraient probablement faites à l'avenir.
Bien que Mark Zuckerberg se soit engagé à ne pas procéder à de nouveaux licenciements à l'échelle de l'entreprise pour le reste de l'année 2026, il a néanmoins averti ses équipes que d'autres périodes très difficiles les attendaient. « J’ai participé à des hackathons par le passé, mais cela ne me semble plus être une option compatible avec les sprints en équipe dans mon service », a écrit un employé de Meta, selon un récent rapport de Wired.
Scepticisme autour des dépenses massives de Meta dans l'IA
Après l'illusion du métavers et son effondrement, l'IA générative est devenue le nouveau gouffre financier de Mark Zuckerberg. Pour conquérir l'industrie de l'IA, le milliardaire a mis sur pied une unité de « superintelligence » extrêmement coûteuse appelée « Applied AI ». Cependant, les membres se disent épuisés. Le moral au sein de cette nouvelle équipe de 6 500 personnes créée en avril est aussi bas que dans le reste de la firme de Menlo Park.
Des employés de Meta ont rapporté que les tâches fastidieuses qui leur sont assignées chaque semaine, comme la création de casse-têtes pour tester la fiabilité des modèles d’IA de Meta, sont « démoralisantes ». « C’est littéralement le goulag. Du jour au lendemain, on n’a plus aucun but dans la vie, on n’interagit pratiquement avec personne, on se contente d’accomplir ces tâches chaque semaine », a déclaré un employé anonyme à Wired.
Une présentation réservée au personnel aurait été interrompue par un employé désabusé, qui a accusé un cadre de la division IA de Meta d’être « la p*** de l’entreprise », encourageant les autres à lui écrire pour « lui dire qu’il n’est qu’une merde ». L’un des employés licenciés a été interpellé presque immédiatement par des agents de ICE, tandis que les appels à l’aide de ses collègues adressés à la hiérarchie sont restés sans réponse.
Une pétition a été signée par plus de 1 600 employés, s'opposant à une initiative draconienne consistant à installer un logiciel sur les ordinateurs de bureau afin de suivre toutes les activités des employés, y compris les frappes au clavier et les clics, données qui sont ensuite utilisées pour entraîner l'IA. Cette technologie représente un pari risqué sur lequel les dirigeants de Meta ont décidé de miser sans encore en connaître les véritables retombées.
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