Les licenciements dans le secteur technologique atteignent leur plus haut niveau depuis 2023 et l'IA est citée comme la cause principalemais des acteurs tels que Sam Altman dénoncent un « AI washing »
L'IA exerce une influence croissante sur le marché de l'emploi. Elle est devenue la principale cause de licenciements en mars 2026. De plus en plus d'entreprises choisissent de réallouer leurs budgets vers les investissements en IA au détriment des postes humains. Les employeurs américains ont annoncé 60 620 suppressions d'emplois en mars, soit une hausse de 25 % par rapport aux 48 307 suppressions annoncées en février. Mais certains dénoncent ce qu'ils appellent « AI washing » : l'IA est devenue l'excuse parfaite pour justifier des licenciements qui n'ont rien à voir avec cette technologie, mais qui sont liés à une crise du capitalisme.
Au cours des derniers mois, les Big Tech tels que Meta, Amazon, Oracle, Pinterest et Atlassian ont annoncé des suppressions massives d'emplois. Ils ont licencié plusieurs dizaines de milliers de personnes. Contrairement aux années précédentes, où les licenciements étaient attribués à des facteurs tels que les mesures de rationalisation, le sureffectif ou la restructuration de la direction, le discours actuel met l’accent sur IA comme principale justification.
Mark Zuckerberg, PDG de Meta, a souligné que « 2026 serait une année charnière pour l'IA sur le lieu de travail ». Meta prévoit de presque doubler ses investissements dans le domaine de l'IA cette année, prioriser le recrutement de profils liés à l'IA et maintenir un gel des embauches dans les autres domaines.
Le cabinet de reclassement professionnel Challenger, Gray & Christmas a publié un nouveau rapport sur l'impact de l'IA sur le marché de l'emploi américain. Il signale que l'IA a été la principale raison invoquée pour justifier les suppressions d'emplois. Elle a été citée dans 25 % des licenciements en mars, contre 10 % en février. Il cite également d'autres facteurs tels que les fermetures d'entreprises, les restructurations, la conjoncture économique, etc.
L'émergence de l'IA comme facteur dominant des licenciements
Selon le récent rapport de Challenger, Gray & Christmas, les licenciements dans le secteur technologique américain ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de l'année 2023. Le cabinet rapporte que les entreprises technologiques Américains ont annoncé 52 050 suppressions d'emplois depuis le début de l'année 2026, dont 18 720 en mars. Ce chiffre pour le premier trimestre représente une hausse de 40 % par rapport à l'année précédente.
« Les entreprises réorientent leurs budgets vers des investissements dans l'IA au détriment de l'emploi. On observe concrètement le remplacement de postes dans les entreprises technologiques, où l'IA peut se substituer aux fonctions de programmation », a noté le cabinet dans un communiqué. Dans l'ensemble, les employeurs ont annoncé 60 620 suppressions d'emplois en mars, soit une baisse de 78 % par rapport à la même période l'année dernière.
Le nombre total de suppressions d'emplois a également diminué d'une année sur l'autre au premier trimestre. La société s'attend à de nouveaux licenciements dans le secteur technologique en 2026. (Il est important de souligner que ce chiffre global pour le secteur technologique ne tient pas compte des récents licenciements chez Oracle, pour lesquels l'éditeur de logiciels n'a pas encore révélé publiquement le nombre total d'employés concernés.)
« À mon avis, ce n'est pas le bon moment pour travailler dans le secteur des technologies. Ce n'est tout simplement pas le cas », aurait déclaré un ancien employé d'Oracle à Business Insider. Le secteur technologique a été en tête des suppressions d'emplois tant en mars (18 720 suppressions) qu'au premier trimestre de l'année. Les transports, la santé, l'éducation, la finance et les médias ont suivi en tant que secteurs avec le plus de licenciements.
Les entreprises qui ont annoncé des licenciements cette année
Oracle, dirigée par Larry Ellison, a annoncé récemment la suppression de milliers d'emplois supplémentaires. L'entreprise investit massivement dans le développement d'une infrastructure d'IA. Meta, dirigée par le milliardaire Mark Zuckerberg, prévoit des licenciements qui pourraient toucher 20 % de ses effectifs, selon Reuters, qui a également indiqué que ces suppressions d'emplois visaient à compenser les coûts liés aux travailleurs assistés par l'IA.
L'éditeur de logiciels Atlassian a réduit ses effectifs d'environ 10 % en mars afin de financer de nouveaux investissements dans l'IA, et les dirigeants de Block, l'entreprise de Jack Dorsey, ont récemment licencié près de la moitié du personnel dans le cadre d'une restructuration majeure qui donnera la priorité à l'IA. Parmi les autres acteurs ayant lié leurs suppressions d'emplois à l'IA en 2026, on peut citer Pinterest, Wisetech, Crypto.com et Amazon.
Amazon n'a pas précisé le nombre de personnes visées par cette mesure. « J'ai besoin de moins de personnel », a déclaré Marc Benioff, PDG de Salesforce, lorsqu'il a annoncé des licenciements massifs au sein du service client et évoqué l'impact de l'IA sur les opérations de Salesforce l'année dernière.
Depuis que ce facteur a commencé à être en 2023, l'IA a été mentionnée dans près de 100 000 annonces de suppressions de potes, illustrant une tendance où les entreprises restructurent leurs coûts au profit de l'automatisation. Oracle n'a pas mentionné l'IA dans son avis de licenciement, bien que cette mesure soit largement perçue comme une tentative de réduire les coûts alors que l'entreprise accélère son développement dans le domaine de l'IA.
Impact sur la main-d'œuvre et perspectives de transformation
Depuis plusieurs années, les entreprises de secteurs divers investissent de plus en plus dans l'automatisation, mais c'est à partir de la fin de l'année 2023 que l'IA a véritablement commencé à être désignée comme la cause directe de suppressions d'emplois massives. Des centaines de milliers de postes ont été supprimés depuis lors. Les entreprises ont justifié ces licenciements par une « efficacité renforcée par l'IA » ou d'autres arguments similaires.
Les entreprises qui remplacent leurs travailleurs par l'IA affirment souvent qu'elles parviennent à accomplir le même travail avec moins de personnel ou qu'elles sont en mesure d'automatiser entièrement certaines tâches, plutôt que de remplacer les employés selon un rapport d’un pour un. Plusieurs études ont rapporté que les postes de débutants impliquant des tâches répétitives ou structurées ont été pris pour cible par de nombreuses entreprises.
Selon certains experts, des rôles spécifiques, comme le développement de logiciels et le service client, se prêtent davantage à l'automatisation par l'IA que d'autres. Le rapport « L'avenir de l'emploi 2025 » du Forum économique mondial affirme que 92 millions d'emplois pourraient être remplacés par l'IA d'ici 2030.
L'impact de l'IA se manifeste par un changement profond de la nature du travail. Les programmeurs et les développeurs Web sont identifiés comme des profils particulièrement vulnérables, avec des indices de risque de remplacement par l'IA s'élevant respectivement à 55 % et 46 %. Pour ces professionnels, l'avenir passera par une évolution vers des rôles consistant à superviser des agents IA capables d'exécuter des tâches de plus en plus complexes.
Qui est responsable quand l'IA se trompe ? La question divise
La mesure dans laquelle l'IA est responsable des licenciements est contestée, notamment par les développeurs de modèles d'IA, tels qu'OpenAI, dont les avancées en matière d'IA ont alimenté la situation actuelle. Sam Altman, PDG d'OpenAI, a déclaré que certaines entreprises pratiquaient un « AI washing » en imputant à la technologie des licenciements qui auraient de toute façon eu lieu, mais le dirigeant ne sait pas exactement dans quelle mesure.
Le PDG d'Anthropic, Dario Amodei, met en garde depuis longtemps contre les suppressions d'emplois liées à l'IA. Malgré les critiques de certains de ces pairs, il a déclaré qu'il s'attendait à ce que l'IA supprime jusqu'à la moitié de tous les emplois de cols blancs de premier échelon d'ici à 5 ans. Kathy Ross, analyste senior chez le cabinet de conseil Gartner, a récemment déclaré que l'IA ne supprimait probablement pas encore directement des emplois.
« L'IA a peut-être joué un rôle, mais ces licenciements ne sont pas nécessairement le résultat des succès de l'IA. Au contraire, ils semblent s'inscrire dans une stratégie plus large visant à réinvestir des fonds dans l'IA, dans l'espoir d'obtenir des résultats positifs à terme », a déclaré Kathy Ross.
Conclusion
Les données de Challenger, Gray & Christmas viennent étayer par des chiffres concrets, au niveau des entreprises, les estimations issues des projections sur l'emploi. Le rapport révèle que les licenciements dans le secteur technologique ont atteint leur plus haut niveau depuis 2023 et que l'IA est la principale raison invoquée par les employeurs pour justifier les licenciements de mars dans l'ensemble, bien que la responsabilité de l'IA soit controversée.
Challenger, Gray & Christmas a déclaré qu'il s'attendait à de nouveaux licenciements dans le secteur technologique en 2026, les entreprises continuant à réorienter leurs budgets vers l'IA. « Une chose est sûre : l'IA transforme le monde du travail et la main-d'œuvre. Les employés devront faire preuve de plus de sens stratégique lorsqu'ils dirigeront des agents alimentés par l'IA chargés de tâches de plus en plus complexes », a déclaré le cabinet.
Sources : Challenger, Gray & Christmas, Forum économique mondial (PDF)
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