Les données officielles de la DARES semblent désormais le confirmer : l'intelligence artificielle est bien en train de provoquer une forme d'apocalypse sur le marché de l'emploi des développeurs informatiques. La preuve ? Pour la première fois depuis 2016, l'informatique n'est plus en « tension très forte » de recrutement. Le secteur enregistre en 2024 la plus forte baisse de tensions tous domaines professionnels confondus, passant du niveau 5 au niveau 4 sur l'échelle DARES. Traduction concrète : il y a désormais plus d'informaticiens disponibles que de postes à pourvoir, quand le BTP, l'industrie et la maintenance continuent de souffrir d'une pénurie record. Pendant que l'IA génère du code à la place des développeurs, elle ne réparera jamais un trou dans votre toit, comme prévenait déjà le PDG de Lowe's qui a encouragé les jeunes à se tourner vers les travaux manuels.Avant d'aller plus loin, il faut décrypter le langage technique de la statistique publique, car le terme « tensions sur le marché du travail » est souvent mal compris — et cette incompréhension conduit à des contresens majeurs sur la situation réelle des développeurs.
Quand la DARES mesure les « tensions de recrutement », elle évalue à quel point les entreprises peinent à trouver des candidats pour un métier donné. L'indicateur synthétique combine trois composantes : le rapport entre offres d'emploi et demandeurs disponibles, la vitesse à laquelle les chômeurs retrouvent un emploi, et le pourcentage d'employeurs anticipant des difficultés de recrutement.
La logique est implacable et s'applique comme un marché classique :
- Tensions FORTES (niveau 4-5) = peu de candidats pour beaucoup de postes
- Pour les salariés : pouvoir de négociation maximal, salaires élevés, sécurité absolue de l'emploi → c'est l'eldorado
- Pour les entreprises : galère à recruter, projets retardés, surenchère salariale → c'est la catastrophe
- Tensions FAIBLES (niveau 1-2) = beaucoup de candidats pour peu de postes
- Pour les salariés : concurrence féroce, salaires comprimés, difficulté à trouver un emploi → c'est la crise
- Pour les entreprises : pléthore de candidatures, facilité de recrutement, pouvoir de négociation total → c'est le paradis
La baisse des tensions en informatique signifie donc très précisément ceci : il y a davantage d'informaticiens disponibles que ce dont les entreprises ont besoin. L'analogie est simple. Imaginez un restaurant qui, pendant dix ans, cherchait désespérément des chefs cuisiniers et n'en trouvait pas. Puis arrive une machine qui cuisine automatiquement la moitié des plats. Soudain, le restaurant a besoin de deux chefs au lieu de cinq. Il y a maintenant trois chefs sur le carreau pour chaque poste disponible. Les tensions de recrutement « baissent ». C'est une bonne nouvelle pour le restaurateur. Pour les chefs, c'est le début de la galère.
Les chiffres publiés par la DARES indiquent que l'informatique et les télécommunications passent en 2024 d'un niveau de tension 5 (« très forte ») maintenu depuis 2016 à un niveau 4 (« forte »). Cette dégradation d'un échelon entier représente la baisse la plus marquée observée parmi tous les domaines professionnels.
Le graphique ci-dessous de la DARES illustre cette rupture : après avoir culminé en 2023 à son niveau le plus élevé depuis 2011, la courbe jaune de l'informatique amorce une descente notable. Parallèlement, d'autres courbes restent obstinément hautes : l'industrie (vert foncé) se maintient autour de 1,0, le BTP stagne à des niveaux très élevés.
Globalement, six métiers sur dix demeurent en tension forte ou très forte en 2024, contre sept sur dix en 2023. Cela représente 55% de l'emploi total contre près des deux tiers l'année précédente. Un progrès donc, mais qui cache des disparités sectorielles majeures que le rapport DARES documente méticuleusement.
Le palmarès révélateur des 30 métiers les plus en tension : les développeurs ont disparu du palmarès
La démonstration la plus saisissante du rapport DARES est sans doute celle-ci : parmi les 30 métiers affichant les plus fortes tensions de recrutement en 2024 — donc les 30 métiers où il fait le mieux travailler du point de vue de l'employabilité — on trouve 19 métiers de l'industrie, 7 du BTP, et strictement zéro de l'informatique.
Ce palmarès mérite qu'on s'y attarde, car il révèle une inversion historique des rapports de force sur le marché du travail. Pendant des années, les développeurs trônaient dans ce type de classement, symboles d'une pénurie chronique et d'un pouvoir de négociation enviable. Aujourd'hui, ils ont purement et simplement disparu du tableau.
Le podium des métiers les plus en tension est désormais occupé par :
- 1er : Agents de maîtrise en fabrication mécanique (indicateur synthétique : 3,3 pour 22 900 emplois)
- 2ème : Techniciens et agents de maîtrise des services financiers ou comptables (3,2 pour 138 000 emplois)
- 3ème : Agents de maîtrise des industries de process (3,0 pour 104 000 emplois)
- 4ème : Régleurs (2,8 pour 18 600 emplois)
- 5ème : Techniciens en maintenance générale et mécanique industrielle (2,8 pour 125 900 emplois)
La suite du classement est à l'avenant : techniciens en électricité et électronique (6ème, indicateur 2,1), ouvriers qualifiés en conduite d'équipement d'usinage (7ème, 2,1), techniciens en maintenance électrique et automatismes (8ème, 2,0), conducteurs de travaux et chefs de chantier (9ème, 2,0), médecins salariés (10ème, 1,9), techniciens du dessin industriel (11ème, 1,9), techniciens experts du BTP (12ème, 1,9)... La liste continue avec les couvreurs (15ème, 1,5), les techniciens en froid et climatisation (16ème, 1,5), les géomètres (17ème, 1,5), les chaudronniers (20ème, 1,3), les carrossiers (22ème, 1,3), les charpentiers métal et bois (24ème, 1,3), les menuisiers et agenceurs (28ème, 1,1), les soudeurs (29ème, 1,1).
Aucun développeur, aucun data scientist, aucun ingénieur logiciel, aucun chef de projet IT. Ces métiers, qui figuraient en bonne place dans les éditions précédentes du classement, ont tout simplement quitté le top 30.
L'IA : moteur principal de ce retournement
Comment expliquer ce décrochage spectaculaire de l'informatique ? La réponse est directe et documentée : l'IA générative a profondément modifié l'équation de la productivité dans le secteur informatique, réduisant mécaniquement les besoins en volume de développeurs.
Le rapport DARES identifie la baisse de l'intensité des embauches comme le facteur principal de la détente observée en 2024. L'indicateur d'intensité d'embauche (qui mesure le rapport entre offres d'emploi et projets de recrutement rapportés à l'emploi moyen) passe de 0,35 en 2023 à 0,18 en 2024, soit une chute de près de moitié. Globalement, les projets de recrutement ont reculé de 10% en 2024 par rapport à 2023. Et dans l'informatique, cette baisse est la plus forte de tous les secteurs.
Les données confirment l'adoption massive de l'IA par les développeurs eux-mêmes. Selon le rapport Stack Overflow 2025, 90% des développeurs utilisent désormais l'IA dans leur travail quotidien, une hausse de 14,1 points par rapport à 2024. Plus de la moitié passent au moins deux heures par jour sur des outils comme GitHub Copilot, ChatGPT, Claude ou Cursor. Pour 80% d'entre eux, ces outils améliorent...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.

Trouvez-vous les prédictions de Andrew Yang crédibles ou pertinentes ?