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PDG de NVIDIA : « Je licencie très rarement des gens, je préfèrerais les torturer pour qu'ils deviennent excellents »,
Derrière la provocation, la méthode exigeante qui a fait de NVIDIA un pilier de l'IA

Le , par Stéphane le calme

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La phrase est brutale, volontairement provocatrice, presque choquante. En affirmant qu’il préfère « torturer » ses collaborateurs plutôt que de les licencier, Jensen Huang, PDG de NVIDIA, met des mots crus sur une philosophie managériale forgée sur plusieurs décennies : l’exigence radicale comme moteur de performance, dans un secteur où l’erreur se paie cash et où la médiocrité n’a pas sa place. Cette déclaration, largement reprise, ouvre un débat de fond sur la culture de travail dans la tech, à l’heure où l’IA redéfinit brutalement les règles du jeu.

En 1993, Jensen Huang cofonde NVIDIA avec l’objectif de concevoir des processeurs graphiques capables d’accélérer les calculs visuels et, à terme, des traitements bien plus larges que le simple affichage graphique. Les premières années de l’entreprise sont marquées par une forte instabilité financière et plusieurs échecs commerciaux, plaçant NVIDIA à plusieurs reprises au bord de la faillite.

Ces débuts difficiles structurent profondément la culture interne de l’entreprise et la vision managériale de Huang, fondée sur la discipline, l’urgence permanente et une exigence technique élevée.

Sous la direction de Jensen Huang, NVIDIA impose progressivement le GPU comme une alternative complémentaire puis indispensable au CPU traditionnel. Le tournant majeur intervient avec le développement de CUDA, une plateforme logicielle permettant d’utiliser les GPU pour des calculs non graphiques. Cette approche ouvre la voie à des usages scientifiques, industriels et académiques à grande échelle.

Cette stratégie transforme NVIDIA en un acteur central du calcul accéléré, bien au-delà du marché initial du jeu vidéo.

À partir des années 2010, Jensen Huang positionne explicitement NVIDIA comme une entreprise d’infrastructure pour l’intelligence artificielle. Il anticipe l’explosion du deep learning et oriente massivement la recherche, les investissements et la feuille de route produit vers les data centers, le calcul haute performance et l’IA.

Lorsque l’IA générative devient un enjeu économique et stratégique mondial, NVIDIA se trouve déjà en position dominante, ses technologies alimentant l’entraînement et l’exécution de la majorité des grands modèles de langage et des systèmes d’IA avancés.

Jensen Huang est connu pour son style de leadership exigeant et direct. Il revendique une culture interne fondée sur la confrontation intellectuelle, la remise en question constante et la recherche de l’excellence technique. Ses déclarations publiques, parfois provocatrices, reflètent une vision du management où la performance et la progression priment sur le confort organisationnel.

Ce positionnement lui vaut à la fois une forte admiration pour sa franchise et des critiques concernant la dureté perçue de certaines pratiques managériales.


La sortie de Jensen Huang s’inscrit dans un discours maintes fois répété sur sa vision du leadership

Lorsqu’il parle de « torture », il ne fait pas référence à une violence physique ou morale, mais à une pression intellectuelle et professionnelle constante : pousser les équipes hors de leur zone de confort, refuser les excuses faciles, traquer la complaisance et l’à-peu-près.

Huang veut dire qu'il pousse les gens à grandir, à apprendre et à atteindre un niveau qu'ils n'auraient peut-être pas atteint seuls. C'est un style de leadership ancré dans la conviction plutôt que dans l'abandon. Huang a déclaré qu'il préférait aider les gens à s'améliorer plutôt que de simplement les laisser partir lorsque les choses deviennent difficiles.

Dans la bouche d’un dirigeant ordinaire, une telle phrase relèverait de la posture. Dans celle de Huang, elle prend un autre relief. NVIDIA est passée, sous sa direction, du statut de fabricant de cartes graphiques pour gamers à celui de colonne vertébrale matérielle de la révolution de l’intelligence artificielle. Cette trajectoire n’est pas le fruit du hasard, mais d’une discipline interne presque obsessionnelle.

Le refus du licenciement comme choix stratégique

Contrairement à beaucoup de dirigeants de la tech contemporaine, Jensen Huang ne valorise pas le licenciement comme outil de gestion banal. Là où d’autres ajustent leurs effectifs au gré des cycles boursiers, il revendique une forme de responsabilité vis-à-vis des talents qu’il recrute. Licencier serait, à ses yeux, l’aveu d’un double échec : celui du collaborateur, mais surtout celui du management qui n’a pas su l’élever à son niveau d’exigence.

Huang a répété à plusieurs reprises que licencier n'était pas son premier réflexe. Il considère cela comme une mesure de dernier recours, et non comme une solution immédiate. Dans des interviews, il a expliqué que lorsqu'un employé n'était pas performant, la question la plus importante était de comprendre pourquoi. Le poste ne lui convenait-il pas ? Manquait-il de soutien ? Le feedback n'était-il pas clair ?

Sa réponse consiste généralement à s'impliquer davantage, et non à prendre ses distances. Cette approche a façonné la culture interne de NVIDIA. Les attentes sont élevées. Le feedback est direct. On attend des employés qu'ils apprennent vite et s'adaptent. Huang estime que se débattre dans un environnement exigeant est souvent plus formateur que de se complaire dans un environnement plus facile.

Sa citation sur la « torture » reflète cette conviction. Il s'agit d'un défi permanent, et non d'humiliation ou de peur. Il a également déclaré que s'il embauche quelqu'un, c'est qu'il croit déjà en son potentiel. Renoncer trop facilement reviendrait à remettre en question son propre jugement. Il préfère donc rester engagé et encourager l'amélioration.

Cette approche tranche avec la normalisation des licenciements massifs observés ces dernières années dans la Silicon Valley. Elle repose sur une conviction simple : dans les métiers de très haute technicité, former et faire grandir un individu coûte infiniment moins cher – économiquement et humainement – que de le remplacer. À condition, bien sûr, d’accepter une phase douloureuse d’apprentissage intensif.

Une culture de l’excellence assumée, parfois redoutée

Chez NVIDIA, l’excellence n’est pas un slogan marketing. Elle se manifeste par des revues techniques impitoyables, des délais serrés, une attente permanente de clarté et de rigueur. Les erreurs sont tolérées, mais jamais les approximations répétées. Les réunions ne sont pas des espaces de consensus mou, mais des lieux de confrontation d’idées, où seuls les arguments solides survivent.

NVIDIA est largement reconnue comme un lieu de travail exigeant. Les employés décrivent de longues heures, des délais serrés et une pression constante pour livrer les résultats. Pourtant, beaucoup restent pendant des années. La rémunération, les primes en actions et la possibilité de travailler sur des technologies de pointe jouent tous un rôle.

Le style de leadership de Huang est étroitement lié à cet environnement. Il a déclaré qu'un travail significatif est rarement facile. Les progrès, en particulier dans le domaine de l'informatique avancée et de l'intelligence artificielle, sont le fruit d'efforts soutenus et d'échecs répétés. Les équipes sont censées affronter les problèmes de front, sans les éviter. C'est là que cette citation est souvent mal comprise.

Cette culture attire autant qu’elle fait fuir. Elle séduit les ingénieurs qui cherchent des défis intellectuels hors normes et rebute ceux qui aspirent à un environnement plus conciliant. Huang ne s’en cache pas : NVIDIA n’a pas vocation à être confortable. Elle doit être performante, et donc exigeante, surtout dans un contexte où ses puces conditionnent désormais des pans entiers de l’économie numérique mondiale.

Le management par la pression à l’ère de l’IA

La déclaration de Jensen Huang intervient dans un moment particulier. L’intelligence artificielle n’est plus un sujet de recherche marginal, mais une infrastructure critique. Les erreurs de conception, les retards d’exécution ou les compromis techniques peuvent avoir des conséquences systémiques. Dans ce contexte, la tolérance à la médiocrité devient un risque stratégique.

Huang a parlé ouvertement de son malaise en tant qu'enseignant. Il estime que les moments de frustration précèdent souvent les percées. Si les dirigeants suppriment trop tôt la pression, ils risquent également de supprimer toute chance d'apprentissage réel. Selon lui, le coaching ne consiste pas à être toujours gentil. Il s'agit d'être honnête. Cela peut signifier dire à quelqu'un que son travail n'est pas assez bon, puis rester à ses côtés pendant qu'il le corrige. Cela peut signifier répéter les commentaires jusqu'à ce qu'ils soient enfin compris.

Ce processus est difficile. Pour les deux parties. L'expression « les torturer pour les rendre excellents » est restée parce qu'elle traduit bien cette tension. La croissance est rarement facile. Elle implique généralement des moments où il semble plus facile d'abandonner. Huang estime que les dirigeants ne devraient pas faire de l'abandon l'option par défaut.

Huang semble considérer que le rôle d’un dirigeant n’est pas de protéger ses équipes de la difficulté, mais de les y préparer. La « torture » qu’il évoque est celle d’un apprentissage accéléré, d’une remise en question permanente, d’un refus de l’autosatisfaction. Une vision qui s’oppose frontalement à certaines tendances actuelles du management, davantage centrées sur le bien-être perçu que sur la performance mesurable.

Une philosophie qui divise profondément

Évidemment, cette approche ne fait pas l’unanimité. Pour certains, elle confine à une glorification toxique de la souffrance au travail. Pour d’autres, elle est simplement lucide : les environnements à très forte valeur ajoutée ne peuvent fonctionner sur des standards moyens. La question centrale n’est donc pas tant la dureté du discours que sa cohérence avec les résultats obtenus.

Or, sur ce terrain, NVIDIA offre à Huang une crédibilité difficilement contestable. La domination actuelle de l’entreprise sur les marchés des accélérateurs IA n’est pas seulement technologique ; elle est aussi organisationnelle. Elle repose sur une capacité à exécuter vite, bien, et mieux que les concurrents...
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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 14/01/2026 à 12:53
Citation Envoyé par Stéphane le calme Voir le message
Chez NVIDIA, l’excellence n’est pas un slogan marketing. Elle se manifeste par des revues techniques impitoyables, des délais serrés, une attente permanente de clarté et de rigueur. Les erreurs sont tolérées, mais jamais les approximations répétées. Les réunions ne sont pas des espaces de consensus mou, mais des lieux de confrontation d’idées, où seuls les arguments solides survivent.

NVIDIA est largement reconnue comme un lieu de travail exigeant. Les employés décrivent de longues heures, des délais serrés et une pression constante pour livrer les résultats. Pourtant, beaucoup restent pendant des années. La rémunération, les primes en actions et la possibilité de travailler sur des technologies de pointe jouent tous un rôle.
Si une vague de suicide avait lieu (comme chez France Telecom) le PDG d'Nvidia aurait bien l'air con.
Pour le moment ça a l'air d'aller.
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 14/01/2026 à 15:22
Quand on écoute les interventions des CEO de toutes ces sociétés américaines du numérique, on a immanquablement l'impression qu'ils sont tous sortis d'un asile de fou...

C'est vraiment étonnant... Est-ce qu'il faut être "borderline" (=trouble de la personnalité") pour réussir comme CEO dans ce domaine d'activité?
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Avatar de omen999
Rédacteur https://www.developpez.com
Le 14/01/2026 à 16:35
Est-ce qu'il faut être "borderline" (=trouble de la personnalité") pour réussir comme CEO dans ce domaine d'activité?
tu ne te poses pas la bonne question

la bonne :

Faut-il être "borderline" pour avoir envie de devenir CEO dans ce domaine d'activité ?
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Avatar de Ryu2000
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 14/01/2026 à 16:45
Il y a un tout petit peu plus de psychopathe chez les CEO que dans la moyenne.
Le vrai du faux : est-il vrai que 20% des PDG sont des psychopathes?
Le chiffre de 20% est donc un mythe, basé sur un petit échantillon et un cas de figure particulier. Il est donc plus prudent d’utiliser le chiffre de 4%, qui est effectivement plus élevé que celui de la population générale, mais moins élevé que celui relayé par l’étude de Brooks.
Avoir certains traits psychopathiques peut aider à grimper rapidement les échelons dans beaucoup d’organisations. Les personnes présentant ces traits sont surreprésentées aux niveaux élevés des hiérarchies.

Comme dit le proverbe : « Si tu n'as pas des symptômes de détachement émotionnel, un manque d'empathie, de culpabilité et de remords, une irresponsabilité, alors tu ne peux pas devenir le CEO d'OpenAI ».
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Avatar de Jazzride
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 15/01/2026 à 0:06
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Quand on écoute les interventions des CEO de toutes ces sociétés américaines du numérique, on a immanquablement l'impression qu'ils sont tous sortis d'un asile de fou...

C'est vraiment étonnant... Est-ce qu'il faut être "borderline" (=trouble de la personnalité") pour réussir comme CEO dans ce domaine d'activité?
tu m’enlèves littéralement les mots de la bouche ils sont tous complètement dingues et hors sol
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