Le PDG de Zoom partage l'avis de Bill Gates, Jensen Huang et Jamie Dimon : grâce à l'IA, la semaine de travail de trois jours sera bientôt une réalitémais les gains de productions promis se font attendre
Eric Yuan, PDG de Zoom, estime que l'IA pourrait conduire à une semaine de travail plus courte de trois ou quatre jours, permettant ainsi aux travailleurs de s'épanouir davantage. Cela nécessitera que l'IA devienne plus fiable et offre des gains de productivité supplémentaires. Toutefois, la réalité laisse perplexe : les tests n'ont révélé aucun gain de productivité notable et l'IA excelle dans la génération de non-sens, obligeant les entreprises à faire appel à des humains pour réparer les erreurs. L'IA générative semble avoir atteint un palier, ses hallucinations sont un problème insoluble qui s'aggrave et elle repose toujours sur une armée humaine de l'ombre.
Les chefs d'entreprise sont divisés sur la manière dont l'IA va transformer le monde du travail. Certains, comme Dario Amodei, PDG d'Anthropic, prédisent un cataclysme pour les emplois de cols blancs, tandis que d'autres, comme Demis Hassabis, directeur de Google DeepMind, pensent que la technologie va inaugurer un âge d'or d'abondance. Sam Altman, PDG d'OpenAI, soutient que la génération Z est la génération la plus chanceuse grâce à l'IA.
À mesure que les robots et les assistants d'IA prennent en charge les emplois des humains, de plus en plus de cadres optimistes envisagent une réduction du temps de travail hebdomadaire. Le PDG de Zoom, Eric Yuan, imagine même que ses employés ne travailleront plus que trois à quatre jours par semaine.
Dans une récente interview accordée au New York Times, il a souligné le fait que l'évolution rapide de l'IA devrait transformer radicalement la productivité et permettre aux gens d'accomplir en quelques heures un travail qui prenait auparavant plusieurs jours. « Si vous tirez parti de l'IA, vous pouvez probablement obtenir les mêmes résultats avec moins d'efforts », a-t-il déclaré. Il est convaincu que la technologie apportera des gains de productivité.
« Je pense que si l'IA peut améliorer nos vies à tous, pourquoi devrions-nous travailler cinq jours par semaine ? Toutes les entreprises adopteront le modèle de trois ou quatre jours par semaine. Je pense que cela permettra à chacun de gagner du temps », a déclaré Eric Yuan au New York Times.
Zoom a connu une immense popularité pendant la pandémie. L'entreprise investit désormais massivement dans des fonctions basées sur l'IA, telles que les résumés de réunion en temps réel ou les assistants de planification intelligents. Tous ces outils sont conçus pour réduire les frictions au travail et améliorer la collaboration. Mais les utilisateurs n'apprécient pas toujours ces fonctions d'IA et certaines d'entre elles posent des problèmes de confidentialité.
Une idée partagée par plusieurs dirigeants de l'industrie
Le PDG de Zoom n'est pas le seul leader de l'industrie technologique à avoir exprimé des idées sur la réduction de la semaine de travail grâce à l'IA. Dans une interview accordée à Jimmy Fallon dans The Tonight Show, Bill Gates, cofondateur de Microsoft, a déclaré que nous aurions plus besoin d'êtres humains pour « la plupart des tâches » dans les dix prochaines années, ce qui permettrait aux humains de travailler moins de cinq jours par semaine.
Lorsque les humains ne seront plus nécessaires, ceux qui resteront dans les effectifs n'auront plus à pointer tous les jours. « À quoi ressembleront les emplois ? Devrions-nous simplement travailler deux ou trois jours par semaine ? Si l'on prend du recul, le but de la vie n'est pas seulement de travailler », a déclaré Bill Gates. Les outils d'IA peuvent être utiles pour les employés dans plusieurs secteurs d'activité, en leur évitant toutes sortes de tâches.
Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, est également favorable à l'idée de réduire le nombre de jours de travail. Jensen Huang a déclaré que nous n'en sommes qu'au début de la révolution de l'IA et que si les industries continuent à adopter l'IA au rythme rapide actuel, cela pourrait conduire à une semaine de travail de quatre jours. Selon lui, cela permettra aux entreprises de créer plus de valeur et aux employés de se concentrer sur d'autres tâches.
Même le secteur financier, connu pour imposer à ses employés des semaines de travail de 80 heures, pourrait enfin bénéficier d'un certain soulagement grâce à l'automatisation par l'IA. Le PDG de la banque américaine JPMorgan Chase, Jamie Dimon, avait prédit il y a plusieurs années que cette technologie pourrait permettre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, même si, bien sûr, cela signifie qu'elle remplacera certains emplois.
Il a déclaré que l'IA conduirait les humains à travailler trois jours et demi par semaine. « Vos enfants vivront jusqu'à 100 ans et n'auront pas de cancer grâce à la technologie. Et ils travailleront probablement trois jours et demi par semaine », a déclaré Jamie Dimon à Bloomberg TV en 2023.
De nombreuses expériences font état de plusieurs avantages
Au Royaume-Uni, par exemple, 61 entreprises (environ 2 900 travailleurs) ont expérimenté la semaine de travail de quatre jours au cours du second semestre 2022. Sur les 23 entreprises qui ont partagé leurs données financières, le chiffre d'affaires entre le début et la fin de l'essai est resté à peu près le même, augmentant de 1,4 % en moyenne. Selon le rapport, une semaine de quatre jours réduit le stress et la maladie au sein de la main-d'œuvre.
Quelque 71 % des employés ont déclaré avoir des niveaux de burnout inférieurs et 39 % ont déclaré être moins stressés par rapport au début de la période test. L'expérience a révélé une réduction de 65 % des congés maladie et une baisse de 57 % du nombre d'employés quittant les entreprises participantes, par rapport à la même période l'année précédente. Dix-huit des entreprises ont confirmé que la semaine de quatre jours resterait permanente.
Kickstarter fonctionne avec une semaine de travail de quatre jours depuis 2021, tandis que Microsoft Japon a expérimenté une semaine de travail de quatre jours en 2019, ce qui a entraîné une augmentation de la productivité de 40 %. « Utilisons la technologie au profit des travailleurs. Cela signifie vous donner plus de temps pour votre famille, pour vos amis, pour l'éducation, pour tout ce que vous voulez faire », a déclaré le sénateur Bernie Sanders.
Un sondage réalisé par Fiverr International Ltd en 2023 a révélé que les Français sont prêts à sauter le pas. Selon le rapport, 71 % des travailleurs français interrogés affirment qu’ils pourraient exécuter la même charge de travail par semaine en 4 jours ouvrables au lieu de 5, toutes générations confondues.
Un discours optimiste qui ne tient pas compte de la réalité
La semaine de quatre jours a été testée dans certains pays européens, comme l'Islande et la Belgique, mais elle n'est pas encore devenue une réalité courante dans les entreprises américaines. Lorsque la société américaine de coaching Exos a testé des horaires réduits d'un jour, elle a rapporté que cela s'est avéré bénéfique pour l'entreprise : l'épuisement professionnel des employés a été réduit de moitié et leur productivité a augmenté de plus 24 %.
Jensen Huang, Jamie Dimon, Eric Yuan et Bill Gates laissent entendre que les progrès de l'IA pourraient être le moteur dont cette initiative a besoin pour aller de l'avant. Selon eux, la réduction du temps de travail résultant de ces gains d'automatisation sera formidable pour les travailleurs humains. C'est une musique douce aux oreilles des travailleurs pris dans la culture du travail acharné des entreprises, mais la réalité ne permet pas d'être optimiste.
En effet, cela dépendra des progrès de l'IA au cours des prochaines années. La productivité de l'IA n'est pas encore tout à fait certaine. Certaines études ont montré que l'IA peut augmenter la productivité, tandis que d'autres se sont demandé si elle ne faisait que donner aux utilisateurs l'impression d'être plus productifs. Un essai mené récemment par le gouvernement britannique sur Microsoft 365 Copilot n'a révélé aucun gain de productivité notable.
La création de diapositives PowerPoint a été en moyenne plus rapide de sept minutes, mais a nécessité de nombreuses corrections en raison d'une qualité inférieure. Même son de cloche du côté du gouvernement australien. Après une période d'essai, le personnel a jugé l'IA de Microsoft moins utile que prévu.
Dans le domaine de l'ingénierie logicielle, les assistants d'IA de codage sont censés faciliter et accélérer le travail des programmeurs. Les entreprises d'IA comme Microsoft affirment que leurs outils améliorent déjà la productivité des développeurs, mais les études rigoureuses indépendantes révèlent le contraire. Une récente étude du Model Evaluation & Threat Research a révélé que l'utilisation d'outils d'IA fait perdre du temps aux développeurs.
Lors de l'étude, les utilisateurs s'attendaient à une augmentation de 24 % de leur productivité, mais l'équipe de recherche a constaté un ralentissement de 19 %. Une précédente étude a révélé que l'utilisation d'outils d'IA n'augmente pas la vitesse de codage, mais augmente significativement le taux de bogues.
Des humains embauchés pour nettoyer le code écrit par l'IA
Avec l'essor d'outils d'IA tels que ChatGPT, il est désormais possible de décrire un programme en langage naturel (français par exemple) et de demander au modèle d'IA de le traduire en code fonctionnel. Andrej Karpathy, ancien chercheur d'OpenAI, a donné un nom à cette pratique : le « vibe coding ». Cette pratique gagne rapidement du terrain dans les milieux technologiques. Et Google a même déclaré que 25 % de son code est généré par l'IA.
Le vibe coding attire l'attention parce qu'elle pourrait abaisser la barrière à l'entrée de la création de logiciels. Mais des questions subsistent quant à la capacité de cette approche à produire de manière fiable un code adapté aux applications du monde réel. Les études montrent que l'IA est loin d'être à la hauteur.
C'est là que des entreprises comme Harsh Kumar interviennent. Harsh Kumar explique que ses clients lui mettent souvent à disposition des applications ou sites Web générés par une IA et qui se sont avérés instables ou totalement inutilisables. Son rôle : réparer la casse ou remettre de l’ordre dans le code généré par l’IA afin d’aboutir à un produit logiciel fonctionnel. Cette entreprise basée en Inde a déclaré qu'elle a un nombre important de clients.
Harsh Kumar entre ainsi dans la nouvelle catégorie de titre d’emploi dénommée spécialiste en nettoyage de code généré par l’IA. L’humain revient donc au secours de l’IA que les entreprises tentent de vendre comme une révolution et sur laquelle certains dirigeants s'appuient pour réduire leurs effectifs.
À l'heure actuelle, la plupart des projets d'IA échouent. Selon le MIT, le taux d'échec de 95 %. Malgré la ruée vers l'intégration de nouveaux modèles d'IA puissants, environ 5 % des programmes pilotes d'IA parviennent à accélérer rapidement leurs revenus ; la grande majorité stagne, n'ayant que peu ou pas d'impact mesurable sur le compte de résultat. Ce constat amer fait écho à des études récentes selon lesquelles les capacités de l'IA sont surestimées.
Le PDG de Zoom admet que certains emplois seront supprimés
Les dirigeants sont conscients du fait que le marché de l'emploi connaîtra des bouleversements majeurs, certains postes étant inévitablement automatisés dans le cadre de cette transition. Le PDG de Zoom n'hésite pas à reconnaître que certains employés seront licenciés. Toutefois, le milliardaire ajoute qu'il s'agit simplement d'un nouvel ajustement, à l'instar des bouleversements qui ont suivi la révolution industrielle et de l'avènement d'Internet.
« Chaque fois qu'il y a un changement de paradigme technologique, certains emplois disparaissent, mais cela crée de nouvelles opportunités. Pour certains emplois, comme ceux d'ingénieurs débutants, nous pouvons utiliser l'IA pour écrire du code. Cependant, il faut toujours gérer ce code. Vous créez également de nombreux agents numériques, et vous avez besoin de quelqu'un pour les gérer », a admis Eric Yuan lors de l'interview.
Les données du cabinet de conseil en emploi Challenger, Gray and Christmas montrent une forte augmentation des licenciements en juillet 2025, près de la moitié d'entre eux étant liés à l'IA et aux « mises à jour technologiques ». Dans le secteur technologique, plus de 150 000 emplois ont été supprimés dans 549 entreprises en 2024. Depuis le début de cette année, plus de 80 000 travailleurs ont été victimes de réductions d'effectifs dans l'industrie.
L'avenir du travail peut sembler décourageant pour la génération Z, car les jeunes diplômés continuent de peiner à trouver un emploi, en partie parce que les entreprises pensent pouvoir confier à l'IA les tâches qui étaient réservées aux débutants. Et le constat sur le terrain est frappant. Selon une étude, 89 % des employeurs évitent d'embaucher de jeunes diplômés et 37 % d'entre eux préfèrent embaucher une IA plutôt qu'un jeune diplômé de la génération Z.
Conclusion
Les commentaires du PDG de Zoom corroborent l'évolution générale de la pensée des dirigeants, selon laquelle l'IA ne se contentera pas d'automatiser les tâches, mais redéfinira également la structure même du travail. Le débat passe de l'angoisse liée à l'automatisation à la transformation du mode de vie. Si Eric Yuan et ses pairs ont raison, la prochaine génération de travailleurs pourrait bénéficier de plus de temps libre, tout cela grâce à l'IA.
Mais rien n'est pas gagné d'avance. Non seulement l'IA devra faire ses preuves, mais les chefs d'entreprise devront apprendre à faire davantage confiance à cette technologie, en particulier si elle doit prendre en charge un nombre important de tâches, voire remplacer une journée de travail complète d'un employé.
Même si les choses semblent évoluer rapidement, il faudra peut-être attendre un certain temps avant de voir l'IA utilisée dans les entreprises à un niveau tel que les employés puissent être dispensés de travail pendant un jour ou deux. Pour l'instant, les résultats des tests menés par plusieurs organisations ne permettent pas d'être très optimistes. L'IA commet des erreurs et les entreprises rappellent le personnel licencié pour réparer la casse.
Source : Eric Yuan, PDG de Zoom
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